Sábado, 18 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº966

ARMAZéM LITERáRIO > LE MONDE

Robert Solé

24/02/2004 na edição 265

‘Un titre du Monde en latin… ‘Per Jovem !’ (par Jupiter !) s’est d’abord exclamée, ravie, une lectrice de Cambrai (Nord), Jacqueline Leducq. Le petit article publié dans le numéro du 12 février faisait justement état du combat des défenseurs de cette langue, qui n’est pas morte à leurs yeux, mais en voie d’assassinat. Sous le titre ‘Quousque tandem abutere patientia nostra ?’, le journal commentait : ‘Les profs de latin qui se demandent avec Caton ‘Jusqu’à quand va-t-on abuser de notre patience ?’ ne sont plus aujourd’hui très sûrs d’être compris.’

Caton ? Lequel ? Caton l’Ancien, dénonciateur du laxisme et de l’influence corruptrice de la civilisation hellénistique, qui concluait tous ses discours par le fameux Delenda Carthago (Il faut détruire Carthage) ? Ou Caton d’Utique, son arrière-petit-fils, symbole de la République vertueuse, qui finit par se suicider en vrai stoïcien ?

Ni l’un ni l’autre. ‘Caton rouge pour Le Monde, écrit avec énervement un lecteur, Bernard Krespine (courriel). Je ne m’abonnerai pas. Je veux garder la liberté de ne plus acheter votre journal le jour où ma patience sera par trop abusée.’

Il n’est pas le seul à protester. ‘Horribile visu !, s’exclament Marie-Hélène et Pierre Emery, d’Hyères (Var). Pauvre latin ! Il est bien malade, et vous le démontrez éloquemment en attribuant à Caton la célébrissime imprécation de Cicéron : ‘Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ?’’

Apostrophant pour sa part le directeur du Monde (‘Quousque tandem abutere Colombani ?’), Jean-Michel Tesseron (courriel) constate : ‘Cruelle trahison pour les professeurs de latin que vous vous proposez de soutenir ! Relisez la première Catilinaire et rendez à Cicéron ce que vous avez donné à Caton.’

Jean-Pierre Charpentrat (Paris) mêle l’information et l’ironie : ‘Il est bien vrai que Caton l’Ancien (dit le Censeur) avait la dent dure et le stylet acéré à l’égard de tous les excès et de tous les scandales ; il est également vrai que les noms de Caton et de Catilina commencent par les mêmes trois premières lettres, et il est non moins certain que Caton rime avec Cicéron. Mais il est également incontestable, dans l’état actuel de nos connaissances sur l’histoire de la littérature latine en tout cas, que la première Catilinaire, qui s’ouvre par le fameux ‘Quousque tandem, Catilina, abutere patientia nostra ?’ est bien d’un certain Marcus Tullius Cicero, Cicéron pour la postérité. Même si Caton d’Utique s’était, comme Cicéron, prononcé pour la mise à mort de Catilina, l’ennemi public numéro un de la République romaine à cette époque…’

Cicéron donc, et pas Caton. Certains lecteurs n’ont pas vu – ou pas jugé suffisant – le rectificatif publié dans Le Monde du 14 février. Ils s’en prennent à Martine Laronche, l’auteur de l’article principal, qu’accompagnait ce petit texte, la soupçonnant de ‘l’avoir fait exprès pour voir si les latinistes ronchons lisaient toujours Le Monde’ (Jean-Claude Bésida, courriel).

Mais Martine Laronche n’y est pour rien. Ce n’est pas elle qui a eu la bonne idée d’ajouter une phrase latine à ce texte, et le mauvais réflexe de l’attribuer à Caton. L’initiative a été prise par un autre journaliste, dans l’urgence, au moment de boucler une page un peu grise, qui appelait un clin d’œil. Le coupable n’avait pas eu le temps de vérifier la solidité de ses souvenirs de potache.

Reconnaissant que le péché a été commis par inadvertance, sans intention de nuire, et même pour une bonne cause, un lecteur de Boulogne (Hauts-de-Seine), André Charriau, est prêt à passer l’éponge : ‘Errare humanum est’ (Il est de la nature de l’homme de se tromper). Avis partagé par le médiateur, car seul ‘perseverare diabolicum’ (persévérer est diabolique).

Alain Valsemey (Paris), lui, nous ramène à l’essentiel : ‘Vous rappelez que seuls 14 % des élèves du secondaire suivent des cours de latin. C’est un véritable abandon en rase campagne. A quelle acculturation conduit-on les jeunes Français et futurs adultes ? Cette matière a-t-elle donc été jugée à son tour trop élitiste, inutile, parce que faisant appel à l’effort et à l’intelligence ? A quand le jargon SMS aux épreuves du baccalauréat ? J’ai connu un lycée où le latin nous était enseigné dès la sixième, dans cinq classes sur sept (les élèves venaient alors du primaire en sachant lire et écrire), et où nous abordions la deuxième langue vivante ou le grec en quatrième. Et nos actuelles têtes blondes auraient trop de travail ? Mais je vous parle d’une époque fort lointaine, un peu avant Mai 68 et le collège unique…’ M. Valsemey garde une pensée émue pour ‘ceux qui -lui- ont donné le goût de la littérature et de nos racines, venant adoucir l’aridité d’un métier scientifique’.

Mais voilà que d’autres lecteurs soulèvent une question plus troublante : ils contestent d’un ton péremptoire la manière dont Le Monde a présenté la célèbre apostrophe de Cicéron. L’un d’eux, qui habite Meylan (Isère) et signe ‘ancien élève de sixième’, s’indigne : ‘Le latin aurait besoin d’être défendu, surtout contre votre journaliste, qui aurait dû écrire ‘patientiam nostram’, ces deux mots voulant l’accusatif.’ Une lectrice de Gardanne (Bouches-du-Rhône) va dans le même sens : ‘Votre citation est fautive au point de vue grammatical : ‘patientia nostra’ est un complément et à ce titre doit être à l’accusatif : ‘patentiam nostram’. La véritable citation est ‘Quousque tandem, Catilina, abutere patientiam nostram’. Je ne saurais trop vous conseiller de réviser vos classiques…’ Et un lecteur de Limoges (Haute-Vienne) remue le couteau dans la plaie : ‘Oublier de mettre un sujet à la place de ‘Catilina’ vaudrait les tourments éternels à tout jeune latiniste…’

N’ayant aucune compétence en la matière, j’ai demandé quelques avis autorisés. Voici les précisions grammaticales aimablement fournies par Jean-Marc Vercruysse, maître de conférences en langue et littérature latine à l’université d’Artois :

‘Catilina n’est pas un sujet (nominatif), mais une apostrophe (vocatif).

Le verbe ‘abutere’ est la forme seconde de l’indicatif futur simple du verbe déponent ‘abutor’ (= abuteris) à la deuxième personne du singulier (…).

Le complément du verbe ‘abutere’ est ‘patientia nostra’. Ce complément est à l’ablatif car le verbe demande cette construction. Dans la traduction française, il s’agit bien d’un complément d’objet direct, mais en latin un accusatif serait une grossière erreur.

Autrement dit, il n’y avait aucune faute grammaticale dans la citation, et la suppression de l’apostrophe (Catilina) permettait à chacun d’interpeller qui bon lui semblait.’

Ouf ! Cela réconfortera un peu le latiniste du Monde, qui était parti d’une bonne intention et jure qu’on ne l’y reprendra plus. Il réfléchira désormais à deux fois avant de citer ses classiques.

Jadis, le journal était parsemé d’expressions latines. Cela agaçait à juste titre des lecteurs qui n’y comprenaient rien, et pouvait passer pour de la pédanterie. Aujourd’hui, les rares journalistes qui recourent à la langue de Virgile prennent soin de traduire leurs citations en français, comme le recommande le Livre de style. Excellente habitude. Mais cette règle est censée s’appliquer à tous les mots étrangers, et on ne voit pas pourquoi l’anglais, qui envahit les colonnes du journal, y ferait exception.’

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