Sexta-feira, 24 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº967

DIRETóRIO ACADêMICO > LE MONDE

Robert Solé

10/02/2004 na edição 263

‘Depuis des semaines, il n’était question que de cela dans les couloirs du Monde. Toutes les réunions, toutes les conversations, et même les rêveries solitaires à la cafétéria tournaient autour du projet de magazine. Marchera? Marchera pas? On expliquait que l’enjeu était capital, qu’il fallait absolument réussir le lancement de ce supplément hebdomadaire, pour enrichir le journal dans tous les sens du mot: le rendre plus complet et plus divers ; lui donner de nouveaux lecteurs ; et augmenter ses recettes publicitaires.

Il est trop tôt pour crier victoire, même si les premiers résultats des ventes sont excellents. Le numéro daté 18-19 janvier, qu’accompagnait pour la première fois Le Monde 2, a connu une vente en kiosques de 272 000 exemplaires en France, soit une progression de 87,6 % par rapport à la moyenne habituelle. Le numéro suivant a atteint 210 000 exemplaires (+ 44,8 %), et le troisième 218 000. Il faudra observer de plus près maintenant les résultats des autres jours de la semaine.

Pour lancer ‘le magazine qui change le sens de vos week-ends’, le journal n’a pas lésiné: affichage, publicité dans la presse écrite, à la radio, à la télévision, sur Internet… La campagne de communication a coûté 3 millions d’euros. Désormais, le numéro daté dimanche-lundi est composé de quatre éléments: les 24 pages du quotidien, le cahier ‘Le Monde Argent’, la sélection hebdomadaire du New York Times et Le Monde 2. S’y ajoute, pour les lecteurs d’Ile-de-France et de l’Oise, un cahier d’annonces classées. Le tout pour 2 euros (prix de lancement).

Un lecteur parisien, André Roche, rapporte un dialogue avec sa marchande de journaux:

Elle: ‘Avec le supplément, ça fait 2 euros.’

Lui: ‘Et sans le supplément?’

Elle: ‘Ça fait 2 euros aussi. Et profitez-en, ce sera bientôt 2,50 euros.’

Il a payé, mais affirme qu’on ne l’y reprendra plus.

L’expression ‘vente forcée’revient sous la plume de plusieurs lecteurs. ‘Vous ne nous donnez pas le choix. C’est à prendre ou à laisser. Je laisse’, écrit Jean-Michel Roy (Versailles), tandis que Marc Guiguin, de Lorient (Morbihan), ironise: ‘Que penseriez-vous de votre boucher à qui vous auriez commandé deux escalopes de veau et qui vous dirait: ‘Je vous ai ajouté une entrecôte, ça vous fera 7 euros de plus !’?’

D’autres ne s’estiment pas volés, mais trop gâtés, sinon accablés. ‘Je n’ai pas besoin de cette énorme liasse de papiers, alors que, pendant le week-end, je consacre déjà pas mal de temps à lire tous les articles du Monde que je n’ai pas eu le temps de lire pendant la semaine !’ (Janine Casevitz-Weulersse, Paris). ‘Pourquoi vouloir faire à tout prix du samedi un jour de gavage?’ (Philippe Grener de Monner, Paris). Quant à Yves Bertin, de Poissy (Yvelines), il imagine déjà l’apocalypse: ‘Cette logique hégémonique est sans fin: verrons-nous bientôt un nouveau mensuel s’ajouter au quotidien et à l’hebdomadaire 2, puis un abonnement télévisuel couplé au mensuel 3, puis un abonnement téléphonique…’

Comment définir Le Monde 2? Cet objet non identifié échappe aux classifications habituelles. Ce n’est pas ce qu’on appelle en bon français un newsmagazine, à l’instar de L’Express, du Point ou du Nouvel Observateur. Ce n’est pas non plus une évasion sur papier glacé, déconnectée de l’actualité, mais une publication originale, qui veut offrir ‘un autre regard’ sur les événements, en s’appuyant notamment sur le reportage photographique. Le premier numéro, par exemple, ne contenait pas un compte rendu des Mémoires de Jacques Delors, mais invitait l’ancien président de la Commission européenne à commenter lui-même des images de sa vie personnelle et professionnelle. Une plongée dans les archives du Monde est proposée chaque semaine pour éclairer l’histoire immédiate, à l’occasion d’un anniversaire: l’aventure d’Apple, vingt ans après la naissance du premier Macintosh, ou le parcours de l’abbé Pierre, cinquante ans après son fameux appel de l’hiver 1954.

Des lecteurs comblés n’ont pas manqué de se manifester. ‘Félicitations pour Le Monde 2, écrit Edouard Salathé (Suisse). Je pensais que nous aurions droit à une resucée de l’actualité de la semaine, agrémentée de photos. Je vois qu’il n’en est rien. Du neuf, de l’alléchant, du varié, du passionnant, de l’illustré, de l’historique enfin…’ Karine Devilder, de Puisseguin (Gironde), n’est pas moins enthousiaste: ‘Bravo pour Le Monde 2, tant sur le fond que sur la forme. Belle maquette, bon équilibre entre textes et photos, sujets sortant enfin des sempiternelles thématiques mille fois rabâchées. Enfin on parle de gens qui font quelque chose d’intéressant sans occuper la ‘une’ des médias !’

Certains lecteurs, souvent parmi les plus anciens, ont été désorientés par l’aspect du magazine. ‘Je le trouve touffu, avec des caractères trop petits, bref: pagaille’, écrivait Charles Kruczyk (courriel) après le premier numéro. Des améliorations ont été apportées dès la deuxième semaine: on a grossi le caractère des légendes, raccourci et mieux présenté certaines chroniques. Est-ce assez pour gagner l’adhésion de H. Gillig (Nantes) qui, d’emblée, a jugé le magazine ‘bobo, no-no, sophistiqué, superficiel, parisien et prétentieux’?

Les quarante journalistes du Monde 2, conduits par Jacques Buob et François Siegel, n’ont guère le temps de s’appesantir sur compliments et critiques. Ça court dans tous les sens au dernier étage du journal, où l’équipe du magazine bivouaque provisoirement. Soumise à des contraintes techniques que ne connaît pas le quotidien, elle en est déjà à préparer la couverture de son sixième numéro.

Des lecteurs non parisiens se plaignent de ne pas recevoir le magazine à temps. ‘A Nice, écrit M. Brady (courriel), Le Monde Week-End n’était pas disponible samedi, et le dimanche les marchands de journaux de mon quartier sont fermés. Le lundi, j’avais autre chose en tête, et, ce matin, il n’est plus en kiosque…’ Un autre internaute, Stéphane Leblanc, constate avec amertume: ‘Je suis très contrarié de voir que le supplément, qui est supposé changer le sens de mon week-end, ne changera que celui de mon week-end… prochain.’

Précisons. Le Monde Week-End est mis en vente samedi, à partir de 11 heures, à Paris puis en Ile-de-France. Ailleurs, en France métropolitaine, ainsi qu’en Belgique et au Luxembourg, il n’arrive généralement que le dimanche et reste en vente jusqu’au lundi soir. Pour les abonnés, le magazine, posté vendredi soir, arrive normalement le samedi matin. Il est impossible de le livrer aux abonnés des DOM-TOM et de plusieurs pays en raison de coûts d’expédition très élevés. Mais le magazine peut y être acheté toute la semaine, séparément, par exemple pour 4 euros en Allemagne, en Italie ou en Espagne, 4,50 euros en Guadeloupe, en Martinique ou à la Réunion.

En France métropolitaine, Le Monde 2 est indissociable du journal daté dimanche-lundi. On ne peut l’acheter ni tout seul ni à l’avance. Des lecteurs de province ne sont pas les seuls à s’en plaindre. Même des Parisiens regrettent de ne pas l’avoir plus tôt entre les mains. ‘Pourquoi n’est-il en vente qu’à partir du samedi en milieu de journée? demande Jacques Balian. Le week-end commence le vendredi soir.’ Personne ne l’a encore réclamé le jeudi…’

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