Sexta-feira, 24 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº967

DIRETóRIO ACADêMICO > LE MONDE

Robert Solé

11/10/2005 na edição 350

‘Nous sommes déjà en 2007. La campagne présidentielle bat son plein, avec sa kyrielle de candidats plus ou moins déclarés. Les ‘petites phrases’ font de gros titres, et les lecteurs sont naturellement sensibles au moindre signe qui laisserait croire à un penchant de leur journal pour l’un (ou l’une) de ces combattants potentiels.

Récemment, l’attention s’est portée sur Nicolas Sarkozy, interviewé dans Le Monde du 8 septembre, puis accueilli le 21 septembre dans les pages Débats pour un point de vue sur l’enseignement supérieur. ‘Est-ce que votre rédaction est obligée de lui donner la parole continuellement, et s ur des questions qui sortent de son champ de compétences ministérielles ?’ , demande Michel Huth, lecteur de Crozant (Creuse).

Rappelons que Nicolas Sarkozy n’est pas seulement ministre de l’intérieur, mais président de l’UMP, et qu’à ce titre il peut s’exprimer sur tous les sujets, avec l’aide de collaborateurs spécialisés. Le financement de l’enseignement et de la recherche était d’actualité au moment de la rentrée universitaire. Cela dit, Le Monde évite, dans la mesure du possible, de multiplier les interviews et points de vue des membres du gouvernement. Lesquels, si on les laissait faire, auraient tous les jours des propos essentiels à confier au journal…

Après Nicolas Sarkozy, c’est Dominique de Villepin qui nous a valu des protestations. Non pas le premier ministre lui-même, mais le long article que lui a consacré l’écrivain Daniel Rondeau dans Le Monde du 4 octobre.

Rebecca Denantes (courriel) se dit ‘atterrée’ par ce ‘portrait dithyrambique et dégouli nant de bons sentiments’ . Elle ajoute : ‘Vous récidivez donc après nous avoir asséné les ‘bonnes feuilles’ du livre de Dominique de Villepin il y a plus d’un an ! Vous roulez donc pour lui ? Autant le dire haut et fort, et non pas via un portrait courtisan où on nous décrit l’homme ‘sans arrogance’ devenu humble et dont le lyrisme se serait ‘bridé’ ! En tout cas, Daniel Rondeau, lui, n’a pas bridé le sien. C’est donc contagieux…’

Thibault Gajdos (courriel) constate que ‘ce panégyrique a été publié à la veille d’un important mouvement social’, avant de demander : ‘Le Monde serait-il devenu l’organe de propagande d’un pouvoir qui n’en demande pas tant ? Comment concilier un supplément ‘Economie’ de qualité, interrogeant le modèle social français, et un tel texte ? Quel est, d’ailleurs, le statut de ce texte ? Ce n’est ni de l’information ni une oeuvre littéraire. Encore moins une analyse d’expert. Non. C’est une faute de goût. C’est une compromission. En publiant un tel article, vous avez franchi les bornes. Et, comme le disait mon ami le Sapeur, quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite.’

La collaboration d’écrivains aux journaux est une tradition nationale. Dès son origine ­ – et c’est l’une de ses particularités ­-, la presse française a été intimement associée à la littérature. Des récits de voyage, portant les signatures de Chateaubriand, Gautier, Barrès ou Loti ont précédé les fameux reportages de Joseph Kessel, pour ne citer que lui.

CES dernières années, Le Monde a ouvert ses colonnes à plusieurs romanciers et intellectuels, partis aux quatre coins de la planète. Bernard-Henri Lévy a publié ‘Choses vues en Algérie’ (janvier 1998) ou ‘Les damnés de la guerre’ (juin 2001). François Maspero est allé sonder les coeurs ‘Entre Gaza et Tel-Aviv’ (octobre 2002), après un ‘Retour à Cuba’ et un ‘Retour en Bosnie’ trois ans plus tôt. En août 2003, Mario Vargas Llosa nous a livré son ‘Journal d’Irak’…

Ces regards d’écrivains suscitent souvent des polémiques. Moins distants et plus engagés que ceux des reporters, se permettant des digressions ou des jugements tranchés, ils échappent aux règles habituelles du journalisme. La question se pose encore autrement avec Daniel Rondeau, qui ne nous donne pas, lui, des récits de voyage mais des sortes de portraits parlés.

Il nous avait fait part en janvier 1998, sur deux pages, des ‘confessions’ de son ami Johnny Hallyday, à l’occasion de la sortie d’un disque du chanteur. Cette fois, il nous a parlé du premier ministre en exercice. ‘Depuis plus de dix ans, était-il précisé dans Le Monde du 4 octobre, l’écrivain Daniel Rondeau entretient avec Dominique de Villepin un dialogue ininterrompu. Il ouvre pour nous ses carnets et raconte la longue ascension qui l’a conduit à Matignon. Deux pages de témoignage.’

La couleur était donc clairement annoncée, et aucun lecteur ne pouvait se déclarer floué. Ce texte n’avait rien à voir avec le saisissant portrait de Dominique de Villepin paru dans Le Monde du 1er juin sous la plume de Raphaëlle Bacqué. Ici, la caméra, si l’on peut dire, est plus proche du sujet, et le magnétophone n’enregistre que les propos susceptibles de décrire la naissance d’un homme d’Etat, qui change ‘en restant lui-même, c’est-à-dire gaulliste ascendant Bonaparte’ .

Un lecteur parisien, Edouard Vatinel, ironise : ‘Je ne sais plus que penser. Est-ce Daniel Rondeau qui se ridiculise parce qu’il écrit sur Villepin ou Le Monde qui se moque de lui en nous offrant le spectacle de son hagiographie grotesque ? On a le sentiment désagréable d’être pris pour des imbéciles à la fois par Rondeau et par Le Monde … si ce n’est par Villepin.’

Dans le sous-titre de ces deux pages, le journal précisait que, depuis plus de dix ans, Daniel Rondeau ‘a tout vu, tout noté…’. Les lecteurs qui s’attendaient à des révélations sensationnelles ont pu être déçus. On découvrait surtout la manière dont Dominique de Villepin se montrait à son entourage, forgeant son image et réécrivant en partie l’Histoire : à l’en croire, c’est lui qui avait inventé le concept de fracture sociale, dit non à la guerre en Irak et lancé la réforme du Quai d’Orsay quand il était le directeur du cabinet d’Alain Juppé, ministre des affaires étrangères…

Un portrait psychologique, en somme, s’ajoutant aux nombreuses analyses politiques du personnage. On peut penser ce qu’on veut du ‘témoignage’ très flatteur de Daniel Rondeau, mais une chose est sûre : il n’est pas trop tôt pour essayer de connaître, sous toutes leurs facettes, les candidats qui solliciteront les suffrages des citoyens en 2007. Sachant cependant que la vie des Français ne se réduit pas à ce feuilleton et que d’autres sujets méritent au moins autant de place que ces guerres fratricides de gauche et de droite.

Cent fois, dans les mois qui viennent, Le Monde sera soupçonné successivement d’être villepiniste, sarkozyste, fabiusien, hollandais… A lui de démontrer son indépendance, sans pour autant s’interdire de juger.

Jeudi 6 octobre, nous avons reçu le courriel suivant, signé Patrick Valadaud : ‘Bonjour. Après un différend avec ma prof d’histoire-géo, je voudrais savoir de quel bord politique est votre quotidien. Merci.’

Si la question se pose, c’est que la réponse ne va pas de soi. Faut-il le déplorer ou, au contraire, s’en réjouir ?’

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VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

11/10/2005 na edição 350

‘Nous sommes déjà en 2007. La campagne présidentielle bat son plein, avec sa kyrielle de candidats plus ou moins déclarés. Les ‘petites phrases’ font de gros titres, et les lecteurs sont naturellement sensibles au moindre signe qui laisserait croire à un penchant de leur journal pour l’un (ou l’une) de ces combattants potentiels.

Récemment, l’attention s’est portée sur Nicolas Sarkozy, interviewé dans Le Monde du 8 septembre, puis accueilli le 21 septembre dans les pages Débats pour un point de vue sur l’enseignement supérieur. ‘Est-ce que votre rédaction est obligée de lui donner la parole continuellement, et s ur des questions qui sortent de son champ de compétences ministérielles ?’ , demande Michel Huth, lecteur de Crozant (Creuse).

Rappelons que Nicolas Sarkozy n’est pas seulement ministre de l’intérieur, mais président de l’UMP, et qu’à ce titre il peut s’exprimer sur tous les sujets, avec l’aide de collaborateurs spécialisés. Le financement de l’enseignement et de la recherche était d’actualité au moment de la rentrée universitaire. Cela dit, Le Monde évite, dans la mesure du possible, de multiplier les interviews et points de vue des membres du gouvernement. Lesquels, si on les laissait faire, auraient tous les jours des propos essentiels à confier au journal…

Après Nicolas Sarkozy, c’est Dominique de Villepin qui nous a valu des protestations. Non pas le premier ministre lui-même, mais le long article que lui a consacré l’écrivain Daniel Rondeau dans Le Monde du 4 octobre.

Rebecca Denantes (courriel) se dit ‘atterrée’ par ce ‘portrait dithyrambique et dégouli nant de bons sentiments’ . Elle ajoute : ‘Vous récidivez donc après nous avoir asséné les ‘bonnes feuilles’ du livre de Dominique de Villepin il y a plus d’un an ! Vous roulez donc pour lui ? Autant le dire haut et fort, et non pas via un portrait courtisan où on nous décrit l’homme ‘sans arrogance’ devenu humble et dont le lyrisme se serait ‘bridé’ ! En tout cas, Daniel Rondeau, lui, n’a pas bridé le sien. C’est donc contagieux…’

Thibault Gajdos (courriel) constate que ‘ce panégyrique a été publié à la veille d’un important mouvement social’, avant de demander : ‘Le Monde serait-il devenu l’organe de propagande d’un pouvoir qui n’en demande pas tant ? Comment concilier un supplément ‘Economie’ de qualité, interrogeant le modèle social français, et un tel texte ? Quel est, d’ailleurs, le statut de ce texte ? Ce n’est ni de l’information ni une oeuvre littéraire. Encore moins une analyse d’expert. Non. C’est une faute de goût. C’est une compromission. En publiant un tel article, vous avez franchi les bornes. Et, comme le disait mon ami le Sapeur, quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite.’

La collaboration d’écrivains aux journaux est une tradition nationale. Dès son origine ­ – et c’est l’une de ses particularités ­-, la presse française a été intimement associée à la littérature. Des récits de voyage, portant les signatures de Chateaubriand, Gautier, Barrès ou Loti ont précédé les fameux reportages de Joseph Kessel, pour ne citer que lui.

CES dernières années, Le Monde a ouvert ses colonnes à plusieurs romanciers et intellectuels, partis aux quatre coins de la planète. Bernard-Henri Lévy a publié ‘Choses vues en Algérie’ (janvier 1998) ou ‘Les damnés de la guerre’ (juin 2001). François Maspero est allé sonder les coeurs ‘Entre Gaza et Tel-Aviv’ (octobre 2002), après un ‘Retour à Cuba’ et un ‘Retour en Bosnie’ trois ans plus tôt. En août 2003, Mario Vargas Llosa nous a livré son ‘Journal d’Irak’…

Ces regards d’écrivains suscitent souvent des polémiques. Moins distants et plus engagés que ceux des reporters, se permettant des digressions ou des jugements tranchés, ils échappent aux règles habituelles du journalisme. La question se pose encore autrement avec Daniel Rondeau, qui ne nous donne pas, lui, des récits de voyage mais des sortes de portraits parlés.

Il nous avait fait part en janvier 1998, sur deux pages, des ‘confessions’ de son ami Johnny Hallyday, à l’occasion de la sortie d’un disque du chanteur. Cette fois, il nous a parlé du premier ministre en exercice. ‘Depuis plus de dix ans, était-il précisé dans Le Monde du 4 octobre, l’écrivain Daniel Rondeau entretient avec Dominique de Villepin un dialogue ininterrompu. Il ouvre pour nous ses carnets et raconte la longue ascension qui l’a conduit à Matignon. Deux pages de témoignage.’

La couleur était donc clairement annoncée, et aucun lecteur ne pouvait se déclarer floué. Ce texte n’avait rien à voir avec le saisissant portrait de Dominique de Villepin paru dans Le Monde du 1er juin sous la plume de Raphaëlle Bacqué. Ici, la caméra, si l’on peut dire, est plus proche du sujet, et le magnétophone n’enregistre que les propos susceptibles de décrire la naissance d’un homme d’Etat, qui change ‘en restant lui-même, c’est-à-dire gaulliste ascendant Bonaparte’ .

Un lecteur parisien, Edouard Vatinel, ironise : ‘Je ne sais plus que penser. Est-ce Daniel Rondeau qui se ridiculise parce qu’il écrit sur Villepin ou Le Monde qui se moque de lui en nous offrant le spectacle de son hagiographie grotesque ? On a le sentiment désagréable d’être pris pour des imbéciles à la fois par Rondeau et par Le Monde … si ce n’est par Villepin.’

Dans le sous-titre de ces deux pages, le journal précisait que, depuis plus de dix ans, Daniel Rondeau ‘a tout vu, tout noté…’. Les lecteurs qui s’attendaient à des révélations sensationnelles ont pu être déçus. On découvrait surtout la manière dont Dominique de Villepin se montrait à son entourage, forgeant son image et réécrivant en partie l’Histoire : à l’en croire, c’est lui qui avait inventé le concept de fracture sociale, dit non à la guerre en Irak et lancé la réforme du Quai d’Orsay quand il était le directeur du cabinet d’Alain Juppé, ministre des affaires étrangères…

Un portrait psychologique, en somme, s’ajoutant aux nombreuses analyses politiques du personnage. On peut penser ce qu’on veut du ‘témoignage’ très flatteur de Daniel Rondeau, mais une chose est sûre : il n’est pas trop tôt pour essayer de connaître, sous toutes leurs facettes, les candidats qui solliciteront les suffrages des citoyens en 2007. Sachant cependant que la vie des Français ne se réduit pas à ce feuilleton et que d’autres sujets méritent au moins autant de place que ces guerres fratricides de gauche et de droite.

Cent fois, dans les mois qui viennent, Le Monde sera soupçonné successivement d’être villepiniste, sarkozyste, fabiusien, hollandais… A lui de démontrer son indépendance, sans pour autant s’interdire de juger.

Jeudi 6 octobre, nous avons reçu le courriel suivant, signé Patrick Valadaud : ‘Bonjour. Après un différend avec ma prof d’histoire-géo, je voudrais savoir de quel bord politique est votre quotidien. Merci.’

Si la question se pose, c’est que la réponse ne va pas de soi. Faut-il le déplorer ou, au contraire, s’en réjouir ?’

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