Quinta-feira, 21 de Junho de 2018
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº992
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INTERESSE PúBLICO > LE MONDE

Robert Solé

16/05/2006 na edição 381

‘Esclavage, traite négrière, génocide… Ces mots terribles, qui semblaient appartenir à d’autres temps, n’en finissent pas de traverser l’actualité. Pour la première fois, le 10 mai, la France métropolitaine a commémoré l’abolition de l’esclavage, qualifié de crime contre l’humanité. Après avoir solennellement reconnu le génocide des Arméniens de 1915, le Parlement est saisi d’une proposition de loi pour punir la contestation publique de ces massacres, de même qu’est punie la négation de la Shoah. Parallèlement, la France est accusée de complicité de génocide au Rwanda, tandis que le président Bouteflika lui attribue un ‘génocide de l’identité, de l’histoire, de la langue et des traditions’ algériennes durant la colonisation.

‘Dans Le Monde du 9 mai, remarque un lecteur de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Bernard Sauvaire, vous annoncez une ‘catastrophe sanitaire’ en Palestine. Pourquoi ne pas employer le terme de ‘génocide’ ? Il y a bien un accord objectif des Etats-Unis et des pays européens avec Israël qui va aboutir à ce résultat. Il est vrai que ‘la lutte contre le terrorisme’ justifie des tas d’horreurs, que l’on fait mine de ne pas voir. Génocide ? Surtout pas. Il s’agit seulement d’une ‘catastrophe’, c’est-à-dire imprévisible, comme le tsunami…’

Quoi qu’on pense du conflit israélo-palestinien, je crois que ‘catastrophe sanitaire’ s’appliquait parfaitement aux risques encourus par la suspension des aides financières aux populations de Cisjordanie et de Gaza. Beaucoup mieux d’ailleurs que l’_expression ‘catastrophe humanitaire’, employée à tout bout de champ et qui ressemble à une faute de français…

Le terme ‘génocide’, issu du mot grec genos (race, peuple) et du suffixe latin -cide (de caedere, tuer), n’a vu le jour qu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Il faut entendre par là, selon la convention internationale du 9 décembre 1948, tout acte ‘commis avec l’intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux’. La définition est un peu floue, car elle ne précise pas ce qu’est ‘l’intention’, et en tout cas incomplète puisqu’elle ne parle pas de la volonté de détruire des groupes politiques ou sociaux.

La tendance aujourd’hui est d’appliquer le terme aux situations les plus diverses. Les Tchétchènes accusent les Russes de ‘génocide’, et c’est aussi de ‘génocide’ que seraient victimes les ‘adeptes de la maison du Prophète’, selon le chef du principal parti chiite en Irak (Le Monde du 10 avril).

Le glissement du vocabulaire n’a plus de limites. A propos du sida au Kenya, la responsable d’une institution caritative déclarait dans Le Monde du 25 octobre 2005 : ‘On assiste à un crime qui prend parfois les allures d’un génocide.’ Le terme finit par être employé de manière grotesque : il était question récemment, au sujet des phoques du Canada, de ‘génocide animalier’ (Le Monde du 24 mars).

Le mot ‘esclavage’, lui, s’est banalisé depuis bien longtemps, perdant sa réalité historique. On est ‘esclave’ de tout et de n’importe quoi : de ses pulsions, de ses amours, de la cigarette… Mais la signification originelle est revenue en force ces derniers mois.

‘Ce 10 mai, on s’est souvenu de l’esclavage passé, remarque Raymond Beltran, de Carcassonne (Aude). Le langage juridique moderne le qualifie de crime contre l’humanité. Nous nous souviendrons pour le condamner. Mais commémorer ne dispense pas de porter un regard lucide sur le présent. L’esclavage persiste encore dans sa forme archaïque en Afrique et dans la péninsule Arabique. (…) Il y a des domestiques et des prostituées réduites en esclavage par des réseaux les amenant d’Afrique et de l’Est vers chez nous, dans une traite moderne. L’esclavage ‘supprimé’ ne peut pas être poursuivi aujourd’hui comme un crime puisqu’il n’existe pas ! Il ne peut être réprimé qu’à travers les délits qui l’accompagnent.’

Pour Françoise Brunat (Paris), qui s’exprime dans le même sens, ‘le premier devoir de mémoire, c’est de veiller à ce que les choses ne se reproduisent plus. Il s’agit en toute occasion de dénoncer le racisme’. Pour cela, on peut compter sur les lecteurs du Monde. A preuve, les réactions suscitées par une information de quelques lignes, dans le numéro du 9 mai, qui commençait ainsi : ‘Un jeune Parisien de race noire et son ami flamand à la coiffure rasta ont été attaqués, dimanche 7 mai à Bruges, par un groupe de skinheads.’

Karine Batalla (Paris) écrit : ‘J’ai d’abord cru que je lisais la rubrique ‘Il y a 50 ans dans Le Monde’ ! Faut-il vous rappeler qu’il n’existe pas plus de race noire que de race blanche ou de race flamande ? La science a établi depuis longtemps que tous les humains sont capables de se reproduire entre eux, contrairement disons à un saint-bernard avec un chihuahua, et que donc il n’existe qu’une seule race humaine. La seule chose que cet infortuné Parisien possède de noir, on suppose, c’est la couleur de sa peau.’

Appliquée à l’espèce humaine, l’idée de race est une idée raciste, nous confirme Véronique De Rudder, sociologue au CNRS : ‘La race n’est ni un concept analytique ni un concept descriptif. C’est une catégorie de classement historique, politique, économique et social. (…) La reprise d’une telle catégorie de classement (mais aussi d’asservissement et de meurtre) dans un article, aussi bref soit-il – et peut-être justement parce que, par sa brièveté même, il semble ‘inoffensif’ –, est d’une extrême gravité.’

Nos lectrices ont raison, bien sûr, mais comment aurait-il fallu rédiger la phrase contestée ? ‘Un jeune Noir de Paris’ ? ‘Un jeune Parisien à la peau noire’ ? ‘Un jeune Parisien originaire d’Afrique noire’ ? Ce n’est pas toujours évident…

Dans Le Monde du 4 mai, Jacques Bouvier, d’Ernée (Mayenne), a été choqué par une page de publicité de Microsoft. On y voyait une douzaine de personnes, en bleu de travail, tailleur ou costume-cravate, censées représenter une entreprise dynamique. ‘Publicité négrophobe’, affirme notre lecteur. Pourquoi ? Parce qu’il a repéré, parmi les figurants, ‘quelques traits asiates, indiens, sémites, mais aucun présentant des traits de populations négroïdes’. ‘Sans doute, m’écrit-il, n’ai-je pas scruté avec une loupe l’ensemble des personnages mis en scène (…), mais il est étonnant que personne n’ait relevé cette discrimination.’

J’avoue que cette page ne m’avait pas frappé. Et je vois mal les services du Monde, armés d’une loupe, refuser une publicité sous prétexte que n’y figure aucun Noir…’

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