Observatorio da Imprensa - Materias - 26/02/2003

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LE MONDE
Robert Solé

"Tous en chœur", copyright Le Monde, 23/2/03

Chaque jour en dernière page, depuis le 12 février, Le Monde pose deux questions à des personnalités diverses : ‘Une nouvelle guerre contre l'Irak est-elle justifiée? Approuvez-vous la position française?’ On a lu ainsi les réponses de cinéastes, d'écrivains, d'avocats, de scientifiques, d'un architecte, d'un ancien spationaute, d'une navigatrice...

Cet exercice ne plaît pas forcément à tous les lecteurs.

De Londres, Jean-Luc Alexandre crie pouce ! ‘De grâce, épargnez-nous les commentaires d'artistes et de sportifs de tout poil, qui se muent pour la circonstance en stratèges géopolitiques et chantent tous, sur un ton monocorde, l'hymne à la raison de la politique française. Est-il vraiment intéressant de savoir que Guy Roux ne voit aucun lien entre le 11 septembre et l'Irak? Cette belle unanimité entre vedettes des médias me semble bien douteuse et inquiétante. Le Monde contribue largement à diffuser l'idée qu'il existe à propos de l'Irak deux camps opposés : celui de la raison, animé par Guy Roux, Juliette Gréco, David Douillet et, qui sait, peut-être demain les héros de ‘Star Academy’, et celui des Docteurs Folamour qui, au passage, sont aussi des fous (de Dieu, de haine, de revanche, etc.).’

Un débat à sens unique, en tout cas : sur les 27 voix entendues, 26 se sont prononcées grosso modo pour la position française. Il faut dire que la rédaction a eu du mal à trouver des va-t-en guerre. Certaines personnalités sollicitées ont refusé de répondre ; d'autres ont bien voulu confier tout le mal qu'elles pensaient de Saddam Hussein, toute l'horreur que leur inspirait le terrorisme, mais pas beaucoup plus. Faute de combattants, la rubrique a été close le 21 février.

Des lecteurs qui ne figurent pas au Who's Who seraient pourtant prêts à se faire interviewer. Ils réclament la parole, au même titre que des célébrités. ‘Je suis pour la guerre, parce que ça peut être une guerre juste, comme en Serbie ou en Afghanistan, et parce que je me souviens du 11 septembre 2001 et de tant d'autres grands meurtres qui exigent condamnation, réparation, mémoire’, écrit Gérard Barbieri (Paris-13e). Même réaction de la part d'un internaute de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), B. de Saint Ours : ‘Quelle chance pour l'Europe d'avoir quelques hommes d'Etat tels que Blair, Aznar ou Berlusconi qui, ramant parfois à contre-courant, sauront l'entraîner sur les voies de l'honneur. Quelle chance pour l'Europe que les pays qui viennent de la rejoindre rappellent à notre vieille France qu'il serait plus que temps qu'elle se réveille de sa torpeur hivernale.’

Il reste que les Français en général et les lecteurs du Mondeen particulier sont très majoritairement opposés à la guerre préventive voulue par George Bush. L'Irak au service de l'unité nationale? Un tel consensus affiché n'avait été atteint que lors... du championnat du monde de football. C'est justement le football qui nous vaut ce mois-ci un autre débat. Il s'agit de l'institution, le 23 janvier, par les députés d'un délit d'‘outrage au drapeau tricolore et à l'hymne national’, punissable d'une amende de 7 500 euros et d'une peine maximale de six mois de prison.

Pourquoi le football? Parce que le 6 octobre 2001, veille des premiers bombardements américains en Afghanistan (décidément, l'actualité aime les coïncidences...), un triste match France-Algérie avait été perturbé par de jeunes beurs qui, avant d'envahir le terrain à la 76e minute, avaient sifflé La Marseillaise en présence d'un Lionel Jospin pétrifié. Incident que Le Monde avait choisi de ne pas souligner, mais qui allait faire beaucoup de bruit, être répété lors d'un match Bastia-Lorient et conduire en fin de compte à ce vote inattendu de l'Assemblée nationale.

** Doit-on sanctionner, et aussi sévèrement, ceux qui sifflent La Marseillaise? Le journal a répondu le 28 janvier par le biais de la chronique de Pierre Georges, qui valait éditorial : ‘Il faudrait qu'ils se calment un peu, nos chers députés. Qu'ils arrêtent de voter, à la chaîne et à la quasi-unanimité, des textes nettement répressifs qui, individuellement, partent d'un bon sentiment, et collectivement finissent par écorner sérieusement les libertés individuelles. (...) A force de vouloir substituer, sur tout, le bâton à la pédagogie, on finit par chanter et gouverner faux !’

Comme nous l'a appris Le Monde, le délit d'outrage à l'hymne national ou au drapeau peut valoir jusqu'à trois ans d'emprisonnement en Allemagne, mais il n'est puni en tant que tel ni en Grande-Bretagne ni aux Etats-Unis.

Plusieurs lecteurs abondent dans le sens de Pierre Georges. Ainsi, Jean Blazy, de Paris-11e, remarque que ‘ce délit d'outrage est purement chauvin et nationaliste, puisque huer ou siffler les drapeaux des autres nations, lors d'un match, n'est pas sanctionné’.

Christiane Escot, de Crest (Drôme), tremble rétrospectivement en pensant aux horreurs que chantaient ses enfants dans les années 1970 (‘Allons-z-enfants de la poitriiine, le soutien-gorge est arrivé...’) Elle ironise : ‘Et si les grandes oreilles du ministre de l'intérieur avaient le pouvoir d'entendre à travers les ans?’

Sans rire, en revanche, un réalisateur et producteur de courts métrages, Bernard Cerf, a publié dans Le Mondedu 8 février un point de vue intitulé ‘Outrageons le drapeau !’. Il y appelait carrément à la rébellion : ‘Cinéastes, musiciens, artistes, écrivains, faisons des œuvres d'outrage au drapeau et à La Marseillaise, car c'est le premier des droits du citoyen.’

** Plusieurs citoyens-lecteurs ont vivement réagi. Mathieu Scrivat, président de l'association Cultures, humanisme et citoyenneté, se dit ‘atterré par cette prose indigeste’. Quant au colonel Alain Bach, commandant de l'Ecole de gendarmerie de Montluçon, il écrit: ‘Considérer l'outrage au drapeau et à l'hymne national comme un enjeu de la liberté d'expression politique ou artistique procède d'une perte de contact avec la réalité et d'un repli sur soi. (...) Ces symboles ne sont ni de gauche ni de droite, ni pour les riches ni pour les pauvres. Ils représentent l'entière nation, M. Cerf inclus. En outrageant le drapeau et l'hymne national, il s'outragera lui-même. Cela s'appelle de la schizophrénie.’

De manière plus pratique, une lectrice du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), Geneviève Charlionet, suggère que les siffleurs soient astreints à un travail d'utilité publique. On leur demanderait trois choses : ‘D'abord, traquer dans notre hymne national les paroles ‘violentes’ et ‘racistes’ ; ensuite, les replacer par des mots exprimant en clair nos valeurs républicaines et notre volonté de vivre ensemble ; enfin, créer une chorale qui se produirait à chaque rencontre sportive afin d'honorer la France, patrie des droits de l'homme.’

Mme Charlionet aimerait –’si ce n'est pas contraire à la loi’ – apporter sa pierre, en proposant la strophe suivante :

Allons enfants de la patrie

Le jour de gloire est arrivé

Contre toutes les barbaries

La devise audacieuse est gravée :

Liberté, égalité, fraternité.

Nous voilà un peu loin de l'Irak. Encore que... Pour rompre la monotonie du débat de dernière page, on aurait pu, après tout, poser une troisième question à nos célébrités : sur l'hymne national et le drapeau."

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