Sábado, 26 de Maio de 2018
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº988
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PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 09/10/2002 na edição 193

LE MONDE

"Spécial Sylviane", copyright Le Monde, 6/10/02

"Sur les 572 essais et documents publiés en France au cours de cette rentrée d’automne, il en est un qu’on ne peut pas accuser Le Monded’avoir négligé : Journal interrompu, de Sylviane Agacinski (Seuil), a eu droit, dans le numéro du 26 septembre, à cinq colonnes à la ?une?, avec ce titre : ?L’échec de Jospin vu par sa femme?. Les lecteurs n’étaient pas trompés sur la marchandise puisque les pages intérieures comptaient un article d’information, des extraits du livre, une critique de Josyane Savigneau, une chronique de Pierre Georges, ainsi qu’une longue interview, relue et amendée par l’auteur, qui avait été recueillie par trois journalistes de la maison, et non des moindres : le directeur de la rédaction, Edwy Plenel, la chef du service France, Anne-Line Roccati, et son adjoint, Hervé Gattegno.

Réactions vives et immédiates. ?Ce non-événement ne méritait absolument pas tant d’honneur. Vous prenez vos lecteurs pour des imbéciles?, écrit Bertrand Dreyfuss (Paris). ?Vous pourrez toujours, par un tour de passe-passe, faire valoir que le récit de Mme Jospin apporte un éclairage majeur, mais son seul intérêt est d’alimenter un voyeurisme people très à la mode, écrit pour sa part Jean-Michel Bertrand (courriel). Je trouve lamentable le traitement de faveur dont bénéficie cet affligeant témoignage. Vous espérez probablement gagner ainsi des lecteurs ? Sachez donc, aussi, que vous en perdez.?

François Duphil, d’Igny (Essonne), pose une question : ?Pourquoi Le Monde participe-t-il à cette opération ? Il y a des jours où on aimerait être une petite souris pour savoir comment une conférence de rédaction peut accoucher de décisions à ce point hors du commun.?

La petite souris n’aurait pas vu grand-chose. Pour éviter tout risque de fuite ? Le Mondetenant à être le premier à révéler le contenu du livre ?, la décision a été prise en tout petit comité. Et ce n’est qu’après la publication des articles qu’un débat a eu lieu.

Les responsables de la rédaction justifient leur choix par un double argument :

1) S’il ne s’agissait que d’un livre, le récit de Mme Jospin aurait mérité un simple compte rendu, peut-être accompagné d’une interview, comme tous les livres. Mais c’est un document, et même un événement politique. ?Sylviane Agacinski prend la parole en pleine période de recomposition du Parti socialiste et alors que l’ancien premier ministre garde le silence, souligne Anne-Line Roccati. C’est un peu le pendant du livre d’Olivier Schrameck, directeur du cabinet de l’ancien premier ministre, paru en octobre 2001, alors que Lionel Jospin était muet sur sa candidature à l’élection présidentielle. Pour la deuxième fois, celui-ci a délégué en quelque sorte sa parole, en attendant de la prendre.?

2) Ce livre illustre un nouveau phénomène : la place des épouses dans la vie politique, qu’il s’agisse de Bernadette Chirac, auteur d’un best-seller l’an dernier, ou de Cécilia Sarkozy, qui possède un bureau au ministère de l’intérieur. Sylviane Agacinski, elle, n’avait pas l’intention de jouer un rôle politique, mais elle s’est retrouvée sous les projecteurs. Et elle revendique aujourd’hui le droit de s’exprimer, de même que son mari revendique le droit de se taire. ?Indépendamment de l’avis qu’on peut avoir sur son contenu, affirme Edwy Plenel, ce livre illustre une ?familialisation? de la vie politique : il témoigne d’une ?publicisation? du privé. C’est un phénomène de société que nous avons le devoir, nous journalistes, de mettre en lumière et d’analyser.?

Plusieurs lecteurs prennent la défense de Sylviane Agacinski. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit, dans son livre, de critiquer l’attitude des médias pendant la campagne présidentielle?? Le réflexe corporatiste joue dès que quelqu’un émet une critique contre cette profession?, estime Daniel Clemenceau (courriel). Plus généralement, une lectrice parisienne, Laure Aumasson, regrette la manière assez négative dont le livre a été analysé par Le Monde, puis par les personnes qu’il est allé interroger. ?Que faites-vous, écrit-elle,de ceux dont c’est un bonheur de le lire ? Pour moi, une vraie jubilation ! Enfin, quelqu’un exprime tout haut ce qu’il fut, dans la presse et les médias, interdit de dire. A savoir qu’on nous avait manipulés, en nous persuadant que le second tour Jospin-Chirac était assuré…?

Mais la plupart des remarques portent sur l’ampleur donnée par Le Mondeà cette publication. ?J’ai acheté votre journal mercredi soir, alléché par ce titre racoleur, écrit Jean-Jacques Agulhon (Paris). On se moque des états d’âme de Mme Jospin, et je trouve que la place accordée à la Côte d’Ivoire est bien mince à côté.? Plus nuancée, Simone Dreyfus-Gamelon (Paris) regrette surtout la mise en scène : ?Très fidèle et ancienne lectrice du Monde, électrice (malheureuse…) de Lionel Jospin le 21 avril, je suis choquée des cinq colonnes à la ?une? réservées au livre et à la personne de Mme Sylviane Agacinski. Quel que soit l’intérêt de son témoignage (qui méritait, certes, des commentaires et une analyse en pages intérieures), la politique spectacle, la personnalisation à outrance et cette manière de leur donner le pas sur les affaires du monde ne sont pas dignes de mon journal.?

L’avis du médiateur étant sollicité, je le donne volontiers.

Il était évidemment intéressant de savoir comment la personne la plus proche de Lionel Jospin a vécu la campagne présidentielle et l’échec du candidat socialiste. Le Monde était dans son rôle en dévoilant ce livre, après avoir été également le premier à révéler celui d’Olivier Schrameck. En d’autres temps, ce genre d’exclusivité appartenait aux hebdomadaires.

Le récit de Sylviane Agacinski méritait certainement une place en première page. Mais pourquoi cinq colonnes en tête ? Ce jour-là, l’actualité ne manquait pas. L’épouse de l’ex-premier ministre était en concurrence avec la présentation du budget 2003, l’annonce inattendue de l’assouplissement du pacte de stabilité en Europe, l’envoi de GI américains en Côte d’Ivoire, le virulent discours d’Al Gore contre la stratégie de George Bush… La fonction principale de la manchette est-elle d’attirer le chaland ou de souligner ce qui, dans l’actualité du jour, est le plus important, le plus significatif, le plus susceptible d’influer sur la vie nationale ou internationale ?"

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