Quarta-feira, 20 de Setembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº958

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 18/12/2002 na edição 203

LE MONDE

"Le parfum de l?argent" copyright Le Monde, 14/12/02.

"Pour le dictionnaire, marronnier est le ?nom d?une variété de châtaignier?. Dans le jargon des journalistes, c?est un événement qui revient chaque année à la même date – comme la fête de la musique ou la déclaration de revenus – et donne lieu à un article, une enquête ou un supplément de circonstance. Le courrier des lecteurs cultive lui aussi ces rites saisonniers. Ainsi, à l?approche de Noël, je suis sûr de recevoir des lettres indignées à propos du magazine ?Styles Cadeaux?. Et toujours pour la même raison.

?Dans Le Monde caviar du 7 décembre, écrit Jacques Fiévet, de Mareil-Marly (Yvelines), j?ai particulièrement apprécié une gamelle pour chat en porcelaine et or à 628 euros. Je regrette de ne pas avoir de chat… Bravo. Continuez.? Le même objet a ?ébloui? Carlos Pinarca (courriel), qui précise : ?Ma prime de Noël pour chômeur n?y suffisant pas (il faudrait plus que la quadrupler), j?espère bien me faire offrir pour les fêtes cette gamelle par des amis charitables, et je m?en pourlèche d?avance les babines.?

Bernard Bachelet, de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), a reculé, lui, devant ?un téléphone nommé Vertu, à 24 000 euros (page 92)?. J?imagine que la ?montre en or blanc, diamants et rubis?, proposée à 98 000 euros (page 18), lui a paru un peu chère aussi…

Dans le texte d?ouverture de ce supplément, Laurence Benaïm répondait par avance aux critiques : ?Aux pourfendeurs du ?trop?, à ces médecins du goût qui croient soigner les maux de la Terre en blasphémant tout ce qui brille un peu trop, nous répondons que le trop n?est jamais assez, tant qu?il révèle un choix, une attitude, un jeu, une envie sincère de défier l?un des dangers du moment : celui qui consiste à envisager le beau à partir de critères moraux, culpabilisateurs, qui permettent aux démagogues du temps et aux pingres censeurs de s?approprier, pour pas cher, le malheur de tous les opprimés du monde.?

Le médiateur déclare forfait. Malgré toute sa bonne volonté, il se sent incapable de concilier des philosophies aussi divergentes. Tout juste peut-il faire quelques remarques.

Par rapport aux années précédentes, ce supplément a élargi (vers le bas) l?éventail des idées de cadeau sélectionnées. On y trouve même, pour 5,60 euros, un ?savon d?Alep à la rose de Damas? (peut-être aussi à l?huile de Homs ou de Hama).

Notons par ailleurs que les plus grandes marques de haute couture, de joaillerie, de parfum ou de maroquinerie sont présentes en force dans les pages publicitaires de ce magazine. Or, les annonceurs n?ont pas l?habitude de jeter leur argent par les fenêtres. Il faut croire que le lectorat du Monde représente pour eux une cible intéressante.

Parmi les quelque 2 164 000 lecteurs recensés (enquête EuroPQN), 567 000 appartiennent à la tranche des hauts revenus, supérieurs à 50 000 euros net par an et par foyer (enquête Ipsos). C?est un public qui sort, voyage et consomme beaucoup plus que la moyenne des Français. A défaut de pouvoir acquérir quelques-unes des curiosités citées dans le magazine, il ne rechigne pas devant des étiquettes à plusieurs chiffres.

Le phénomène ne date pas d?aujourd?hui. Pendant longtemps a figuré en première page du Monde un encart publicitaire pour des briquets plaqués or qui n?étaient pas à la portée de tous les candidats au cancer du poumon. Mais il est vrai que la publicité pour les produits de luxe a sensiblement augmenté ces dernières années.

Une partie du lectorat ne se résigne pas à feuilleter des pages de papier glacé pour rêver à des objets inaccessibles ou extravagants. ?Est-ce votre rôle de participer à l?étalage et à l?arrogance d?une société où l?argent est la raison de vivre ? demandent Marie-Thérèse et Michel Poirier, de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Rédigez plutôt des articles adaptés aux ressources de 90 % de vos lecteurs.?

Au-delà du marronnier de Noël, la place de l?argent dans le journal donne lieu à un débat permanent. André Georgin (Paris) m?écrivait l?an dernier : ?Le fric et le sexe, il n?y a plus que cela qui compte, et Le Monde fait maintenant comme toute la presse. Après des pages entières consacrées à la Bourse, après des élucubrations vaseuses et contradictoires dans ?Le Monde Economie?, voici que vous nous imposez un supplément ?Argent? toutes les semaines.?

UN lecteur de Liège (Belgique), Paul de Viron, ajoutait : ? Dans vos colonnes, vous dénoncez avec raison les dangers des bulles spéculatives, les folies boursières, l?argent vite et mal gagné. N?y a-t-il pas là comme une contradiction ? La place que prend l?argent – surtout celui-là – dans les médias a quelque chose d?obscène et insulte le travail des gens qui vivent de leur salaire.?

Je me permets de rappeler que Le Monde a toujours rendu compte de la Bourse. S?il y avait naguère une deuxième édition, en début d?après-midi, c?était pour donner la cotation complète des valeurs. Cela n?empêche pas le journal d?avoir suivi, pas à pas, les évolutions de la société française : dans les années 1980, la réhabilitation de l?argent, à l?initiative… des socialistes, qui ont modernisé les marchés financiers ; dans les années 1990, la montée de la nouvelle économie et de l?actionnariat populaire ; enfin, depuis peu, la ?remoralisation? de la vie financière, avec la dénonciation des scandales et la stigmatisation des patrons qui s?enrichissent indûment.

Pendant longtemps, Le Monde ne s?est intéressé qu?à la macroéconomie, aux questions sociales et aux grandes entreprises industrielles. Il ignorait les PME et les services, refusait d?entrer dans le détail des placements financiers. L?argent, au fond, restait ?sale?.

Une première innovation est intervenue en janvier 1995 avec la création des pages quotidiennes ?Entreprises?. Ce secteur est traité désormais par un service entier, qui compte vingt-six journalistes. Le Mondeaborde les entreprises dans le même esprit que d?autres secteurs de l?actualité, en analysant, décryptant et enquêtant sur les stratégies industrielles ou l?envers du décor, sans s?interdire la critique et l?impertinence.

LA deuxième innovation date de mars 2001, avec le supplément ?Argent?, dans le numéro daté dimanche-lundi. Là, il s?agit de pages pratiques, destinées à un large public, soucieux de gérer au mieux son patrimoine ou ses économies. On analyse et on compare des produits ou des performances, mais sans prescrire. ?Nous informons, nous donnons au lecteur les moyens de choisir. Nous ne voulons surtout pas être des acteurs du marché, même si nos enquêtes peuvent avoir des conséquences?, explique Laurent Mauduit, rédacteur en chef du service Entreprises.

Précisons qu?un rédacteur du Monde n?a pas le droit d?acheter d?actions d?une société dont il suit les activités pour le journal ; et que s?il en possède déjà, il doit les vendre ou en confier la gestion à une société en Bourse. C?est la moindre des choses, me dira sans doute Philippe Monti, lecteur internaute, qui ironisait le mois dernier sur le nouveau ?credo libéral? du ?quotidien vespéral des marchés?…

Dans une société où l?argent est omniprésent, en bien et en mal, il serait hypocrite de ne pas lui consacrer une place importante. Le Monde ne cherche ni à le sacraliser, ni à le diaboliser. Mais la variété de ses pages, la grande diversité de son lectorat et ses positions morales affichées lui valent parfois l?accusation de jouer sur tous les tableaux. ?Le Monde n?est-il qu?une entreprise de presse multiéthique, donc sujette à des variations suivant le groupe de lecteurs qu?il veut toucher ??, demande un lecteur de Rodez (Aveyron), Jean Delpuech. Question provocante, posée sur le coup de la colère et accompagnée de la photo de la désormais fameuse gamelle pour chats à 628 euros."

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