Sábado, 19 de Agosto de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº954

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 07/10/2003 na edição 245

LE MONDE

"Quand la machine s?emballe", copyright Le Monde, 27/9/03

"On accuse souvent la presse de détruire des réputations à l?arme lourde, puis de réhabiliter les victimes en catimini. Le Monde n?a pas voulu encourir ce reproche à propos de l?ancien maire de Toulouse. ?Dominique Baudis innocenté dans l?affaire Patrice Alègre?, titrait-il en manchette le 19 septembre, affirmant clairement que le président du Conseil supérieur de l?audiovisuel (CSA) avait été victime de mensonges et de calomnies.

Un lecteur-internaute, Xavier Barthe, s?étonne : ?Pourquoi prendre pour argent comptant les nouvelles déclarations de l?ex-prostituée Fanny ? Avez-vous la certitude qu?elle ne ment pas encore ? Comment pouvez-vous relayer aussi vite ses nouvelles accusations (subornation par des gendarmes ou ses anciens avocats), qui mettent en cause d?autres personnes ? Comme tout être sensé, je souhaite que Dominique Baudis soit innocenté au terme de l?enquête, mais pourquoi cette précipitation de votre part ??

Plus ironique, Sixto Diaz Garcia, de Jouques (Bouches-du-Rhône), écrit : ?Je me réjouis d?avoir lu sur quatre colonnes à la ?une? du Monde que M. Baudis était innocenté. Il m?a échappé qu?il avait été préalablement suspecté, accusé et condamné par la justice…? Ce lecteur cite en post-scriptum une remarque de son petit-fils, jetant un coup d??il par-dessus son épaule : ?Laisse tomber, grand-père, ton journal est comme les autres : il fait monter la mayonnaise pour la tune.?

Ne simplifions pas. Cette sombre affaire dans laquelle se mêlaient les crimes d?un tueur en série, les dysfonctionnements de l?enquête et une machination inexpliquée, était d?autant plus difficile à traiter que le feu médiatique avait été allumé par celui-là même que l?on traînait dans la boue. L?éditorial du 19 septembre le soulignait, avant de reconnaître : ?des approximations et des erreurs? ont été commises, ?y compris dans Le Monde?, et elles ?ont pu contribuer à accroître le trouble provoqué par cette affaire?.

Parler des médias en général est toujours trompeur. C?est Le Monde qui nous intéresse ici, et lui seul. L?emballement médiatique auquel il n?a pas échappé s?est manifesté parfois dans des maladresses, comme ce titre effarant du 28 mai : ?Le procureur général de Toulouse reconnaît avoir été mis en cause par une prostituée?. Comme s?il s?agissait d?un aveu de culpabilité !

Même des fautes de français ont pu contribuer à la confusion. Une lectrice parisienne, Marie Sissung, a lu avec stupéfaction cette phrase dans Le Monde du 27 juin : ?Son client avait menti, notamment sur les crimes d?une ex-prostituée (…) et du travesti Claude Martinez.? Voilà deux nouveaux assassins qui débarquaient dans l?affaire Alègre, déjà bien embrouillée…

Mais revenons à l?essentiel. Le directeur de la rédaction, Edwy Plenel, estime que ?le journal a traité cette affaire de manière équilibrée et globalement correcte. Nous avons fait preuve, dit-il, d?une extrême prudence, étant parfois volontairement en retard sur nos confrères. Nous savions depuis longtemps que le nom de Dominique Baudis était cité dans des procès-verbaux, mais nous avons attendu, pour en faire état, qu?il accepte de s?exprimer et de réagir dans nos colonnes. A tout moment, nous avons rendu compte des contre-attaques de l?ancien maire de Toulouse au point d?être les premiers à révéler sa dénonciation d?un ?complot politique?. Enfin, nous avons évité de tomber dans certains pièges, en particulier, à la différence d?autres médias, le faux témoignage du travesti mythomane Djamel?.

Edwy Plenel ajoute que ?quatre aspects isolés de la ?couverture? du Monde peuvent cependant être discutés : une chronique de notre supplément Télévision intitulée ?La peau de Baudis?, la publication de certains extraits de procès-verbaux d?instruction, un reportage dans les environs de Toulouse dont le contenu a été démenti par la justice et le récit non recoupé du témoignage tardif d?une prostituée?.

Parue dans Le Monde du 24 mai, la chronique du supplément Télévision avait indigné des lecteurs comme Paul Memmi (Paris), qui écrivait : ?Daniel Schneidermann ne dit rien qui l?expose au procès. Il ne diffame pas, mais il dénude un homme et l?expose. Associer la chair dans une affaire de chair, c?est associer l?homme à l?affaire. Or l?affaire est criminelle. Schneidermann fait de ?la peau de Baudis? une chair coupable.?

Daniel Schneidermann répond ceci : ?Le métier d?un chroniqueur de télévision consiste à parler de ce qu?il voit sur l?écran. Et ce soir-là, ce que toute la France a vu, c?est la transpiration de Dominique Baudis. Fallait-il feindre de ne pas la voir ? Ne connaissant pas le dossier, j?ai rédigé cet article en m?efforçant de garder à l?esprit, avec une égale vigueur, les deux hypothèses de l?innocence et de l?implication de Dominique Baudis. C?est pourquoi j?ai écrit que cette image pouvait évoquer ?l?embarras, le malaise, le mensonge?, aussi bien que ?l?indignation et la souffrance?. Je ne regrette pas une ligne de cette chronique.?

Dans Le Monde du 17 juin, un article signé de deux correspondants du journal, Jean-Paul Besset et Nicolas Fichot, était consacré à ?la maison du lac de Noé?, dans les environs de Toulouse. Les gendarmes, y affirmait-on, avaient pu reconstituer l?histoire de ?soirées sadomasochistes accompagnées d?actes de torture, organisées par Patrice Alègre, dans lesquelles des personnalités seraient impliquées?. Divers détails étaient donnés dans l?article, qui signalait notamment des anneaux fixés au mur, ?à une cinquantaine de centimètres du sol, à hauteur d?enfant ou d?une personne devant se tenir accroupie ou à quatre pattes?.

Le procureur de Toulouse a aussitôt démenti ?formellement les prétendues constatations contenues dans cet article?, en regrettant ?le manque manifeste de recoupements ayant précédé une telle annonce?. Pour leur part, des lecteurs se sont déclarés consternés que Le Monde ait publié ?un tissu de mensonges et de rumeurs sans fondement? (Bernard Repingon, Toulouse) et ne leur ait pas exprimé ensuite ?à tout le moins ses regrets? (Charles-Henri Pin, Vaucresson).

Voici la réponse de Jean-Paul Besset, ancien correspondant régional à Toulouse, devenu entre-temps l?un des directeurs adjoints de la rédaction : ?C?était une enquête sur un lieu soupçonné d?avoir abrité des soirées sadomasochistes et sur lequel une information judiciaire est toujours ouverte. Aucune personne n?était nommément mise en cause dans l?article. Nous n?avons pas vu l?intérieur de cette maison, qui est occupée par de nouveaux propriétaires, mais nous avons recueilli et croisé un certain nombre de témoignages. Certaines de ces informations sont-elles fausses ? Avons-nous été manipulés par des enquêteurs ? Il n?y aurait pas eu de doute si, dès le début, le procureur de la République, qui est chargé d?informer l?opinion de l?avancée de l?enquête, avait eu des rencontres régulières avec la presse.?

L?emballement médiatique auquel Le Monde a participé s?est traduit aussi par deux pleines pages parues dans le numéro du 3 juin, qui faisaient largement écho au dernier exploit parajournalistique de Karl Zéro, animateur du ?Vrai journal? de Canal Plus. Celui-ci avait négocié les interviews d?anciennes prostituées et reçu, on ne sait trop comment, une lettre du tueur en série Patrice Alègre.

?L?animateur s?est refusé à communiquer les noms des personnes mises en cause par Patrice Alègre?, écrivait Le Monde, qui publiait de larges extraits de la lettre. Avant d?ajouter : ?Selon nos informations, il s?agit de l?ex-maire de Toulouse, Dominique Baudis, du substitut Marc Bourragué et d?un policier de Toulouse aujourd?hui retraité.? Il était précisé aussi que, dans sa lettre, c?est M. Baudis qu?Alègre désignait comme ?l?un des commanditaires de l?assassinat d?un prostitué travesti?.

Par ailleurs, Le Monde citait les extraits de plusieurs dépositions de ?Patricia?, affirmant qu?elle avait été ?contrainte de participer à des séances sadomasochistes avec Dominique Baudis, Patrice Alègre, Lakhdar M.? Suivaient des détails consternants où figurait un surnom attribué à l?ex-maire de Toulouse. Fanny, elle, assurait que M. Baudis se trouvait bien dans ces parties violentes, sans être toutefois ?le chef de l?orchestre?… De quoi justifier amplement le titre de l?article : ?La confession de Patrice Alègre recoupe les témoignages de deux anciennes prostituées?. Tout cela semblait donner la clé d?une affaire jusque-là invraisemblable. Il n?y manquait même pas la pédophilie : les deux pages se concluaient par un article consacré aux ?limites d?une comparaison avec l?affaire Dutroux?.

Des lecteurs n?avaient pas manqué de réagir. ?Le Monde perd-il la tête… ou toute valeur ??, s?exclamait Dominique Berree (courriel). ?Pensez-vous que ces détails, fondamentaux, nécessaires, indispensables à la bonne compréhension du sujet, soient tout à fait exacts ??, demandait quelques jours plus tard Gilles Antonowicz (courriel).

Il ne croyait pas si bien dire… Au cours de ce feuilleton lamentable, on aurait aimé que Le Monde se distingue plus souvent par son obstination à vérifier les faits, par sa retenue ou par son silence."

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