Quarta-feira, 13 de Dezembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº970

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 28/10/2003 na edição 248

LE MONDE

"Cachez ce voile…", copyright Le Monde, 26/10/03

"Abonné au Monde, Serge Couprié, de Coimères (Gironde), a été étonné, et même ?estomaqué?, de lire dans le numéro du 14 octobre le titre suivant : ?Enquête sur ce foulard qui divise la société française?. Il n?en revient pas : ?La société française divisée ? J?habite un petit coin bien caché en France profonde, coincé entre la Garonne et le vignoble de Sauternes. J?ai beau écarquiller les yeux, ouvrir mes oreilles, j?ai beau questionner hors de ma province amis, famille, collègues, provoquer les diverses composantes ?sociétales? de mes relations, je ne trouve pas, mais alors pas du tout, une quelconque division. Chez mes amis musulmans aussi, cette question fait l?unanimité : le foulard n?a pas à entrer dans l?école.?

Je suis obligé de contredire M. Couprié : les lecteurs du Monde sont très divisés sur cette question, si j?en juge par les flots de courrier qu?elle suscite. Les deux camps ne se manifestent pas de la même façon. Alors que les partisans de la tolérance mettent chacun l?accent sur un point particulier (ramenant le débat à la liberté religieuse, ou à la nécessité de n?exclure personne de l?enseignement public ou au mal-être de certaines adolescentes…), les défenseurs de la fermeté ont tendance à additionner leurs arguments : s?ils refusent le foulard, c?est à la fois par respect de la laïcité, pour défendre l?égalité entre garçons et filles, pour ne pas donner matière à d?autres revendications…

Le choix d?un mot n?est jamais neutre, remarque Mireille Grandval, lectrice d?Edimbourg (Grande-Bretagne) : ?En titrant sur le ?foulard?, Le Monde enlève à ce vêtement toute connotation religieuse. Car ce n?est pas de ?foulard? qu?il s?agit, mais bien du ?voile? islamique, ce grand morceau d?étoffe qui couvre les cheveux, les oreilles, la nuque et le cou, et transforme la femme qui le porte en nonne des temps archaïques.?

Ni foulard ni voile, à vrai dire : le hidjab (qui est lui-même une nouveauté dans certains pays arabes puisqu?il n?existait pas sous cette forme il y a trente ans) n?a pas trouvé d?équivalent français. C?est encore ?foulard islamique? qui se rapproche le plus de la réalité. Le Monde a pris l?habitude de ne jamais utiliser le mot ?voile? (qui paraît abusif) dans ses titres, mais de l?employer dans ses articles, en alternance avec ?foulard?, pour éviter les répétitions. Chacun sait, de toute manière, qu?il ne s?agit pas d?un simple fichu.

Dans un récent éditorial (?Foulard et sagesse?, 18 juin), le journal s?est prononcé en faveur de la ?position tolérante mais claire? du Conseil d?Etat, à savoir que le port d?un signe religieux dans les établissements scolaires est acceptable s?il n?est pas ?ostentatoire? et ne constitue pas ?un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande?. A charge pour les chefs d?établissement de faire respecter cette règle. L?éditorial ajoutait : ?Tout démontre qu?une loi interdisant le port du foulard islamique (…) serait impraticable et produirait l?effet inverse de l?objectif affiché. (…) Une loi antifoulard, fondée sur l?exclusion et la stigmatisation, signerait le renoncement à une conception de l?école comme lieu d?intégration et d?émancipation. Elle nourrirait un peu plus l?intransigeance de certains courants de l?islam français.?

Cet éditorial a été non seulement approuvé mais illustré, le lendemain, par une lectrice de Montpellier, Annie Portalès, qui nous écrivait : ?Le lycée où j?enseigne reçoit plus de deux mille élèves, dont beaucoup appartiennent à des familles musulmanes. Il est exigé que les jeunes filles porteuses du voile le troquent à leur entrée au lycée contre le bandana, ou bien nouent leur voile derrière la tête, en l?enroulant autour de leur chignon par exemple. Personne n?est dupe, et nous sommes bien dans la ligne du Conseil d?Etat, dont il suffit d?appliquer les conseils avec intelligence et, parfois, fermeté. Rien ne semble justifier une loi d?interdiction, débattue et votée à grand renfort de trompettes. C?est en rappelant aux jeunes filles musulmanes que leur croyance et leur pratique relèvent de la sphère privée, que toute les activités scolaires doivent être pratiquées, et en maintenant surtout un niveau exigeant de savoir, que notre société pourra vivre harmonieusement dans sa diversité.?

Bien entendu, des lecteurs ont désapprouvé l?éditorial, en demandant ce qui autorisait Le Monde à affirmer qu?une loi anti-foulard serait ?fondée sur l?exclusion et la stigmatisation?. Mais c?est surtout une analyse publiée dans le numéro du 17 juin (?Pourquoi la polémique sur le foulard à l?école ??) qui a provoqué les réactions les plus vives. Sans doute à cause du vocabulaire employé : ?combat laïcard?, ?courant prohibitionniste?, ?islamophobie?… avec cette affirmation : ?La croisade antivoile pourrait bien être chez certains la fusée porteuse d?un racisme antimusulman.?

Sur un sujet aussi délicat, qui divise les partis politiques comme les familles de pensée ? et pour lequel chacun peut se sentir lui-même partagé ?, il faut éviter les mots qui blessent, dans un sens ou dans l?autre. Méfions-nous aussi des expressions un peu faciles, comme ?tout démontre que…?. Si tout était déjà démontré, Le Monde n?aurait pas consacré au foulard islamique, depuis l?éditorial du 18 juin, d?innombrables points de vue contradictoires, des enquêtes et des reportages très éclairants sur la complexité du sujet.

Celui-ci ne se limite d?ailleurs pas au port du foulard islamique à l?école. Les certificats médicaux de complaisance se multiplient pour dispenser certaines adolescentes de piscine. Et le conflit déborde l?institution scolaire, comme l?a illustré cette assistante sociale voilée de la Ville de Paris qui refuse de serrer la main aux hommes (Le Monde du 14 octobre)… Si le sujet provoque tant de passion, c?est bien parce qu?il touche aussi aux inégalités sociales, aux peurs de toutes sortes, à l?histoire et à l?identité d?une soci&eacuteacute;té française incertaine sur son avenir.

Parmi les divers témoignages reçus ces derniers jours, voici celui de Nabila Zerouki, qui habite Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Amenée à porter le foulard islamique de 12 à 22 ans, puis contrainte de l?abandonner pour exercer le métier d?institutrice, elle écrit : ?Je veux dire à mes s?urs musulmanes qu?un voile ne s?enlève pas facilement une fois porté. Mon éducation s?est faite sans aucune peine, dans une atmosphère de douceur. J?apprenais tout ce qu?il fallait savoir, sans discuter : ne pas sortir, ne pas jouer dehors, se cacher des hommes qui venaient dîner à la maison. Ce n?était pas une punition, mais un statut réservé aux filles ?honorables?. La nudité de mes camarades de classe, déployée dans la salle de gym et dans la piscine municipale, éveillait en moi une sorte de honte. Bien sûr, j?en étais dispensée. (…) Oter le voile après tant d?années fut le plus grand drame de ma vie. Un sentiment de culpabilité s?empara de moi pour ne plus jamais me quitter. Je baisse toujours les yeux quand je passe devant un homme. Je porte toujours le voile au fond de moi.?

Quant à la lettre d?Alice Colanis (Paris), qui survole les siècles et les continents, je me suis demandé s?il fallait la classer dans la pile A (tolérance) ou la pile B (laïcité). Tant mieux, après tout. Elle peut permettre de conclure cette chronique ? pas assez neutre, sans doute ? sur une incertitude. ?Il n?y a pas eu que le seul islam pour exclure les femmes du champ commun, remarque-t-elle. Le voile était porté aussi dans la Méditerranée catholique. Souvenons-nous des ennuis de cette jeune habitante de Manosque qui a été envoyée au bordel par le tribunal ecclésiastique de Provence, au Moyen Age, en punition d?un échange de quelques mots avec un homme, chrétien comme elle. Ordre du tribunal. Et son voile, qui marquait sa vraie place de femme, lui fut arraché. D?un enfermement à l?autre…?"

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