Sexta-feira, 17 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº966

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 13/01/2004 na edição 259

LE MONDE

"A visage découvert", copyright Le Monde, 11/1/04

"Faut-il interdire le foulard islamique à l?école  ? Peu de sujets donnent lieu à des opinions aussi nombreuses et aussi tranchées. Non pas que la question soit simple – elle divise la gauche comme la droite, les chrétiens comme les juifs, les musulmans et les incroyants -, mais la manière dont on la pose détermine souvent la réponse. Mettre l?accent sur la liberté religieuse ou la défense des immigrés incite à refuser une loi  ; affirmer l?égalité des sexes et la nécessité de combattre l?intégrisme conduit à la réclamer. C?est un débat sans fin, qui glisse continuellement d?un registre à l?autre, mêlant féminité, laïcité et discriminations.

Les journalistes du Monde sont partagés, eux aussi, comme l?ont montré, au fil des mois, des reportages et des analyses de tonalités assez différentes. Un comité de rédaction était organisé vendredi 9  janvier pour entendre les points de vue des uns et des autres. Mais le journal n?a pas attendu ce débat interne pour prendre position dans des éditoriaux.

Le dernier en date (?Politique de la peur?, 19  décembre 2003) soulignait ?les dangers? d?une ?loi antifoulard? qui témoignerait d?une ?laïcité frileuse, fermée et défensive?. Une telle loi risquerait de ?stigmatiser, marginaliser et exclure une partie de la population quand le pays a plus que jamais besoin d?intégration?. L?éditorial ajoutait  : ?Quelle est cette peur qui saisit ses responsables politiques au point de légiférer d?urgence vis-à-vis d?une minorité de la population – les musulmans – et, minorité de cette minorité, les femmes portant un foulard  ? (…) Tous les arguments rationnels – les conflits, réels, à l?école et à l?hôpital – ne réussissent pas à ébranler notre conviction qu?une part d?irrationnel est, ici, à l??uvre. (…) N?est-ce pas la stigmatisation et l?exclusion d?une toute petite minorité qui est à l??uvre, au prétexte de sa différence, de sa religion et de ses origines  ??

Plusieurs lecteurs se sont aussitôt précipités sur leur clavier pour protester.

André Mirguet (Lyon)  :?Etiez-vous donc obligés de prendre parti  ? Votre édito me déroute. Pensez-vous à la symbolique exécrable de cet accoutrement, imposé dans les pays où le machisme barbu est au pouvoir  ? Faut-il le laisser se développer  ??

Isabelle Desjardins (courriel)  : ?Votre éditorial relève de l?angélisme le plus naïf, de la fausse tolérance, tout en étant un déni des droits élémentaires de la femme. Vous n?avez rien compris à la vaste entreprise dont le voile est une arme majeure.?

François Szylowicz, de L?Etang-la-Ville (Yvelines)  : ?Votre éditorial attribue à ?une part d?irrationnel? le refus de l?envahissement de la vie publique par les adeptes des religions. Les religions seraient donc devenues rationnelles et ceux qui les rejettent avec leur cortège d?exclusions et de haines seraient irrationnels. Le monde à l?envers en quelque sorte.?

J.-P. Berenger (courriel)  : ?Trop, c?est trop. Est-ce renoncer à être un républicain ouvert et tolérant que de souhaiter une loi qui libère les jeunes filles d?une oppression masculine sous prétexte d?observance des règles religieuses  ? Il convient de répondre à ce défi avant d?insulter les partisans de la loi.?

PLUS d?un lecteur a apprécié, en revanche, la publication intégrale du rapport Stasi, le jour même où il a été remis au chef de l?Etat. C?est Le Monde comme on l?aime… Dans le même numéro, le journal avait eu la bonne idée de présenter, à l?aide de photos, les quatre grands types de voile portés par des musulmanes. Avec une erreur cependant, relevée par une lectrice lyonnaise, P.  Samuel  : le niqab, qui ne laisse apparaître que les yeux, n?est pas ?un équivalent arabe du tchador iranien?.

Pour avoir dû porter le tchador pendant quelques heures à Téhéran, notre lectrice précise  : ?C?est une grande pièce de tissu léger, rectangulaire avec deux angles arrondis, qui peut être de diverses couleurs (sobres), uni ou imprimé, et descend droit de la tête aux pieds. Porté sur les autres vêtements, il ne dissimule pas forcément la racine des cheveux, et jamais le visage. Il est incommode car, pour qu?il ne glisse pas en arrière, il faut le retenir d?une main en rapprochant les deux bords  ; certaines femmes, pour avoir les mains libres, en retiennent un pan entre leurs lèvres.? Mme  Samuel raconte aussi son départ de Téhéran  : ?Les voyageuses iraniennes sont nombreuses, toutes voilées à leur montée dans l?avion. Avant même le décollage, grand remue-ménage à l?intérieur  : foulards, hidjabs, tchadors ont disparu, fourrés dans les sacs et les compartiments à bagages, dans un mouvement à la fois rapide et unanime. Dois-je croire que j?assiste à une apostasie générale, et que toutes ces femmes, rejetant le voile, rejettent aussi l?islam  ? M.  Tariq Ramadan pourrait peut-être répondre à cette question.?

Jusqu?à récemment, Le Monde soutenait que le port du voile ne concernait que quelques cas isolés, qui ne méritaient pas une levée de boucliers. Moins on en parlait, mieux c?était. Mais le nombre croissant d?articles consacrés à ce débat semblait dire le contraire  : l?affaire ne se réduit pas à un simple fichu  ; elle concerne aussi certains enseignements  ; et elle dépasse le champ de l?école.

A la veille de la publication du rapport Stasi, les ?unes? du Monde étaient de nature à réveiller les moins inquiets. Le numéro du 11  décembre  indiquait que le nombre de jeunes filles voilées serait ?quatre fois supérieur? aux cas recensés par le ministère de l?intérieur. Quelques jours plus tôt, le journal mettait en lumière la situation dans certains hôpitaux  : ?Internes voilées, femmes refusant d?être examinées par des hommes  : de nombreux témoignages confirment cette forte intrusion des particularismes religieux et culturels dans la vie des établissements.?

Le rapport Stasi et ses suites ont eu droit à d?autres manchettes. Celle du 12  décembre (?La loi de Chirac sur le voile divise le monde enseignant?) a choqué un lecteur du  Mans, Jean-Pierre Chaudet. Est-ce le président de la République qui rédige et vote les lois  ? Est-il d?ailleurs le seul à vouloir celle-là  ? ?Entre le fait, écrit M.  Chaudet, de se prononcer en faveur d?une procédure législative et le pouvoir de légiférer, il existe la marge substantielle de la démocratie.  Laissez à d?autres la faveur de l?incompétence ou de la mauvaise foi.?

L?objection de M.  Chaudet est justifiée. Les phrases simplificatrices ne conviennent pas à un débat aussi complexe et sont susceptibles de nourrir les procès d?intention. Entre titre et sous-titres, Le Monde aurait dû trouver le moyen de dire les choses exactement  : à savoir que la loi sur les signes religieux à l?école, souhaitée par M.  Chirac, divise les enseignants.

Elle divise aussi les lecteurs, comme l?illustrent les centaines de lettres ou courriels reçus ces dernières semaines, et dont on trouvera ci-dessous quelques extraits."

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