Sábado, 25 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº967

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 27/01/2004 na edição 261

LE MONDE

"Mots en guerre" copyright Le Monde, 24/1/04

"Au Proche-Orient, plus encore qu’ailleurs, les mots ne sont jamais innocents. Ce sont des mots en guerre. A manier avec précaution.

Pour avoir qualifié de ?ligne de sécurité?les travaux entrepris par les Israéliens autour de la Cisjordanie, Le Monde s’est fait vertement tancer par certains lecteurs. ?Je ne suis pas un spécialiste du génie civil, écrit Sultan Derb (courriel), mais je sais encore reconnaître un mur de béton quand je le vois à la télé. Vous avez choisi de l’appeler ?ligne de sécurité? comme s’il s’agissait d’une frontière imaginaire. Vous avez le droit de le considérer comme virtuel en niant son existence, car après tout les frontières artificielles ne sont pas là pour l’éternité. (…) Appelez-le ligne, trait, faisceau, limite, borne ou fil, la réalité c’est qu’il a coûté des millions à l’État hébreu et coûtera des vies aux Palestiniens, et ça ce n’est pas de la fiction.?

L’expression ?clôture de sécurité?, employée dans un autre numéro du Monde, n’a pas été mieux reçue. ?Comment osez-vous qualifier de ?clôture? cette gigantesque construction de 8 mètres de haut, parsemée de miradors et autres accessoires joyeux ? demande Zineb Basset (courriel). Dans sa partie ?soft?, elle est constituée de barbelés coupants comme des lames de rasoir et entourée d’immenses fossés infranchissables. Quant au mot ?sécurité?, doit-on vous rappeler que ce sont les Israéliens qui colonisent, détruisent et volent les biens des Palestiniens, et non le contraire ??

C’est bien un mur qui était montré en photo dans Le Monde du 20 décembre 2003, avec une légende faisant état de ?150 km déjà construits?. Pour nous valoir, cette fois, une protestation en sens inverse, de Daniel Sée (Paris) : ?Vous n’êtes pas sans savoir que, si la ?barrière de séparation? (fence en anglais) fait actuellement 150 km, seuls 7,5 km sont en ?dur?. Le reste, ce sont des barbelés. Symboliquement et pratiquement, un mur de 150 km ou de 7,5 km, ce n’est pas pareil !?

Rappelons les faits. Israël a décidé unilatéralement, en juin 2002, de procéder à cette construction, affirmant se protéger ainsi des attentats-suicides. Plusieurs centaines de kilomètres sont prévus, dans le but d’isoler la Cisjordanie, sur le modèle de la bande de Gaza. Mais la partie bétonnée ne doit occuper qu’une petite portion, le long des autoroutes, aux abords de Kalkilya et de tulkarem. Ne suivant pas toujours la ?ligne verte?, le tracé s’enfonce à plusieurs reprises en territoire palestinien pour englober des colonies israéliennes. Les Palestiniens y voient un ?mur de l’apartheid?, visant à leur voler des terres et à créer une nouvelle frontière, tandis que l’Etat hébreu déclare qu’il ne s’agit pas d’une frontière, mais d’une mesure de sécurité temporaire, qui contribuera à rétablir le calme et donc à relancer le processus de paix.

Qu’est-ce qu’un mur ? Le Petit Robert nous donne cette définition : ?Ouvrage de maçonnerie qui s’élève verticalement ou obliquement sur une certaine longueur et qui sert à enclore, à séparer des espaces ou à supporter une poussée.? Mais voici, plus loin, une deuxième définition : ?Barrière, enceinte (qui n’est pas en maçonnerie).? Il existe des ?murs de terre?, des ?murs de rondins…? et aussi le ?mur du son?. Sans oublier le ?mur d’incompréhension?, qui, finalement, est celui qui s’applique le mieux à ce drame sans fin.

En Israël même, la construction entreprise fait l’objet d’appellations différentes. Jusqu’à ces derniers jours, le gouvernement parlait de ?clôture de sécurité? (en hébreu Gader Bitakhon). Le 14 janvier, M. Sharon a affirmé qu’elle serait désormais la?clôture antiterroriste?. La plupart des journaux israéliens écrivent plutôt ?clôture de séparation? (Gader Hafrada). Quant à l’armée, engagée à sa manière dans la guerre des mots, elle a adopté le terme ? politiquement neutre ? de Ezor hatéfer, qui signifie ?zone de la couture? ou de la ?jointure?.

Et Le Monde dans tout ça ? Dans la page du 20 décembre, déjà citée, un lecteur attentif a relevé cinq appellations différentes : clôture de sécurité (3 fois), mur (2 fois), ligne de sécurité (1 fois), clôture de défense (1 fois), muraille de séparation (1 fois). Parfois, il ne s’agit que d’un souci stylistique : on change de terme pour ne pas répéter le même mot dans un paragraphe. Souci louable et très français, dont les Anglo-Saxons n’ont cure… Mais, presque systématiquement, le terme adopté fait l’objet de guillemets. Il n’y a plus, dans les colonnes du Monde, de mur, de barrière ou de clôture, mais un ?mur?, une ?clôture?, une ?barrière?, de ?défense? ou de ?sécurité?.

Le procédé a des limites. Pour parler du conflit israélo-palestinien, on ne peut pas mettre tous les mots entre guillemets ! Il faut choisir et appeler les choses par leur nom. Une colonie de peuplement dans les territoires occupés par Israël depuis la guerre de 1967 n’est pas une ?implantation?, comme le veut la terminologie officielle, mais bien une colonie. De même, quels que soient ses motifs, et même s’il passe pour ?martyr? aux yeux de ses proches, l’auteur d’un attentat-suicide, visant à tuer le plus de gens possible, est bien un terroriste.

Le moindre glissement verbal peut susciter la colère des lecteurs de l’un ou l’autre camp. ?Pour vous, le carnage de Jérusalem est ?un attentat-suicide?, perpétré par une ?organisation radicale?, remarquait l’été dernier Israël Cemachovic (Dijon). Le mot ?assassinat? n’apparaît pas une seule fois dans l’article. Ce mot, Le Monde le réserve à l’exécution d’Ismaïl Abou Chanab.?

Pour avoir écrit que Yasser Arafat était ?menacé d’expulsion? de Cisjordanie, le journal a été accusé par Julien Burton (courriel) d’adopter la terminologie israélienne : ?Un gouvernement ne peut pas expulser quelqu’un d’un territoire qu’il occupe et sur lequel il n’exerce pas de juridiction souveraine.? Même le constat qu’un attentat palestinien ?met fin à deux mois de calme relatif? dans la région (Le Monde du 27 décembre 2003) attire des réactions courroucées. ? De quel ?calme? parlez-vous donc ? s’indigne Nadine Acoury (courriel). J’ose imaginer qu’il s’agit de celui de votre conscience qui est restée de marbre lors des tirs israéliens contre les manifestants pacifistes qui s’opposaient à la construction du mur de l’apartheid ce même vendredi 26 décembre dans la ville de Mesh’a en Cisjordanie. Votre traitement partial des informations du Proche-Orient est illustré tour à tour par des silences choquants et des qualificatifs erronés, délibérément manipulateurs.?

Les articles consacrés au conflit israélo-palestinien sont lus à la loupe. Aucun autre domaine de l’actualité ne donne lieu à des réactions aussi précises. Il faut dire que les deux camps s’organisent médiatiquement de mieux en mieux, grâce à Internet. Les défenseurs d’Israël ne sont plus les seuls à faire circuler des analyses de tel ou tel article, pour dénoncer ?la désinformation?. Un Observatoire de la presse sur la Palestine agit de même, incitant lui aussi ses correspondants à se manifester auprès du Monde.

Il serait trop facile de renvoyer dos à dos les lecteurs des deux camps. Essuyer des critiques de part et d’autre n’équivaut pas à un brevet d’objectivité. Cela ne dispense pas le journal de s’interroger en permanence sur les mots qu’il emploie et, plus encore, sur les événements qu’il privilégie et la place qu’il leur accorde. Le Proche-Orient n’est d’ailleurs pas seulement le théâtre d’une interminable tragédie : la vie économique des pays de la région, leurs évolutions politiques, sociales et culturelles, les mille débats qui y ont lieu tous les jours nous intéressent aussi."

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