Sexta-feira, 24 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº967

PRIMEIRAS EDIçõES > LE MONDE

Robert Solé

Por lgarcia em 19/06/2002 na edição 177

LE MONDE

"Le charme du repentir", copyright Le Monde, 16/6/02

"La repentance est à la mode, mais on ne peut pas dire que la presse en général – et Le Monde en particulier – y succombe. Dans leur quasi-totalité, les mea culpa se limitent à des rectificatifs, qui ne portent que sur des inexactitudes mineures. Les journalistes n’ont pas l’habitude de reconnaître qu’ils ont mal interprété un événement ou même qu’ils sont complètement passés à côté de quelque chose d’important.

D’où la surprise d’un lecteur de Vaucresson (Hauts-de-Seine), Raymond Cailléret, en lisant ces lignes, dans Le Monde du 7 juin, sous la plume de Pierre Georges : ?… on en profitera pour exprimer un repentir. A propos de notre chronique d’hier sur ce jeune garçon assassin et inspiré par le film Scream. Ce fut une mauvaise chronique, mal ficelée, approximative, embarrassée. Une chronique de feuille de chou, en somme, devant une manière de mystère contemporain qui nous glace et fait douter.?

Notre lecteur s’étonne : ?J’avais lu avec intérêt cette chronique, manifestement écrite à chaud, sous le coup de l’émotion due à un fait divers horrible, et je l’avais trouvée marquée de sensibilité et d’intelligence. Très ouverte, elle était de nature à faire réfléchir le lecteur, ce qui est bien l’objectif primordial d’un journal. On pouvait, certes, aborder cette information sous d’autres angles et l’exposer différemment. Mais penser autrement, c’est le travail du lecteur ! La contrition de Pierre Georges ne me paraît donc pas justifiée, mais son scrupule a toutefois un mérite et même un certain charme : il a ouvert, de manière inattendue et pittoresque dans les pages du Monde, souvent marquées de fermes certitudes, une délicate trouée de liberté et de sincérité inquiète.?

Il est arrivé plus d’une fois à Pierre Georges de battre sa coulpe pour des péchés véniels, qui lui avaient été vivement reprochés par des lecteurs pointilleux. N’avait-il pas écrit – et même titré – ?acronyme? dans une chronique de janvier 2001 alors qu’il s’agissait d’un ?acrostiche? ? Ou encore, en février, malmené un vers de Boileau, lui ajoutant malencontreusement un treizième pied ? Dans ces cas-là, les lettres de protestation sont pain bénit pour le rusé chroniqueur, qui y trouve matière pour une nouvelle chronique, dans laquelle il se couvre la tête de cendres, se traite de tous les noms et, au passage, égratigne les pinailleurs qui n’ont rien d’autre à faire que de brandir le dictionnaire ou de compter les pieds…

Mais la tonalité était différente dans Le Monde du 7 juin. Pour la première fois en huit ans de chronique, Pierre Georges s’en voulait publiquement de ce qu’il avait écrit la veille. A savoir un rapprochement hasardeux entre l’adolescent qui s’était inspiré de Scream pour assassiner une amie et ?un enfant qui voit jouer Zidane se prend pour Zidane, se rêve Zidane?.

Ce jour-là, Le Monde devait être bouclé plus tôt que d’habitude en raison des obsèques de son ancien directeur, Jacques Fauvet. ?J’ai écrit trop vite, sur un sujet trop grave, en associant des choses qui ne sont pas comparables, estime Pierre Georges. Cette disproportion, cette comparaison oiseuse avec le football… Et même les lignes suivantes : que venait faire là Scarlett O’Hara ??

La rapidité avec laquelle est conçue et écrite cette chronique de dernière page – entre 9 heures et 10 h 30 du matin – a pourtant été choisie par son auteur. Il s’interdit d’y réfléchir la veille, pour ne pas sombrer dans le stress, sachant qu’il risquerait alors de l’écrire cent fois dans sa tête et de gâcher ses nuits. Il ne prend aucune note et décide du sujet au dernier moment. Souvent, lorsqu’il ouvre boutique le matin, devant son écran, un paquet de cigarettes à portée de la main, il ne sait pas de quoi il va parler. Le chroniqueur connaît le diktat de l’horloge. Dix minutes de retard suffiraient pour perturber toute la chaîne de préparation du journal. Il se met volontairement la tête sous le couperet, travaillant sans filet : seuls les correcteurs auront le temps de relire son texte avant publication, et encore…

Pour prendre de tels risques, il faut beaucoup de métier et une plume hors du commun. Ne dédaignant aucun sujet, pouvant même tricoter 104 lignes étincelantes (taille imposée à la chronique) pour dénoncer la pluie qui tombe ou rendre hommage à la nouille instantanée, ce chroniqueur tout-terrain sait se faire, selon les jours, analyste, éditorialiste, mémorialiste, commentateur sportif ou critique de télévision. Sa fonction de directeur adjoint de la rédaction l’incite à défendre un journaliste, à justifier la publication d’un article controversé ou à appuyer l’éditorial du jour par des considérations plus personnelles. Il sait répondre par avance à des critiques de lecteurs… et couper l’herbe sous le pied du médiateur.

Pierre Georges peut donc tout se permettre, y compris de se repentir publiquement. Ce privilège doit-il être réservé à l’auteur d’une chronique quotidienne ? Pourquoi le journal se limiterait-il à des corrections de tir furtives, qui prennent souvent la forme désagréable de leçons péremptoires données à d’autres ? Il ne perdrait rien à reconnaître tout simplement ses erreurs : nous avons trop parlé de ceci, pas assez de cela, imprudemment soutenu que… Ce serait, de temps en temps, comme une bouffée d’air frais."

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