Domingo, 22 de Outubro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº962

VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

29/03/2005 na edição 322

‘Nul ne peut soupçonner Le Monde de minimiser le racisme. Au cours des vingt dernières années, le journal lui a consacré des milliers d´articles, de reportages, commentaires ou points de vue, et toujours dans le même sens : il s´agissait de décrire, analyser et condamner les discriminations ou les humiliations dont sont victimes en France des personnes d´origine étrangère. Et voilà que le numéro du 16 mars a consacré sa manchette et une page entière aux violences ‘anti-Blancs’ survenues au cours des dernières manifestations lycéennes !

On y apprenait que plusieurs centaines de jeunes banlieusards, venus pour la plupart de la Seine-Saint-Denis, étaient ‘descendus’ à Paris pour agresser des garçons ou des filles en train de défiler. C´était chaque fois le même scénario : ‘Des petites baffes, une ‘balayette’ pour faire tomber le lycéen un peu isolé et des coups de pied pour l´empêcher de se relever.’ Le témoignage d´un professeur d´histoire-géographie était particulièrement inquiétant : ‘Devant lui, des lycéens ont été traînés par les cheveux. D´autres ont été ‘massacrés’ à coups de pied et de poing. Des agresseurs ont volé des portables pour les briser devant les yeux de leurs victimes.’ Militant antiraciste, membre du syndicat SUD-Education (proche de l´extrême gauche), cet enseignant précisait : ‘Il s´agissait d´agressions de type racial (…). Je n´ai vu que des Noirs agresser des Blancs.’ Un reportage de Luc Bronner révélait la triple motivation des jeunes banlieusards qui revendiquaient ces violences : se faire de l´argent facile, ‘se venger des Blancs’ et frapper par plaisir.

‘Merci pour vos articles, écrit Claude Guillier (Paris). Cela nous change d´une époque où Le Monde était à peu près le seul à ne pas voir, ou à peine, ce genre de débordement. Un petit doute quand même : la manifestation a eu lieu le 8 mars, et les articles ont été publiés une semaine plus tard. Y aurait-il eu quelques hésitations au sein de la rédaction sur l´opportunité de publier de tels articles, pour ne pas ‘désespérer Billancourt’ ?’

Reprenons la chronologie. Une première manifestation lycéenne a été organisée à Paris le 10 février, sans incidents. Le 15 février, en revanche, des ‘casseurs’ ont détruit des voitures, s´en sont pris aux forces de l´ordre et ont agressé des lycéens. C´est le 8 mars qu´a eu lieu la manifestation la plus violente, marquée par plusieurs dizaines d´agressions.

Les reporters du Monde n´avaient pas réussi à s´entretenir avec des ‘casseurs’. Il a été décidé alors, en prévision d´une nouvelle manifestation prévue le 15 mars, que Luc Bronner irait enquêter à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), d´où venaient certains de ces groupes. C´est à la sortie d´un lycée professionnel qu´il a recueilli divers commentaires, recoupant des témoignages de victimes, d´enseignants ou de médecins des services d´urgence dans des hôpitaux parisiens.

Des lecteurs ont été choqués que Le Monde soulève une telle question, et de cette manière. ‘Quel est votre but ?, demande Amel Lagoubi (courriel). Nous informer que des abrutis brutaux existent ? Que les problèmes viennent des banlieues ? Vous décrivez une réalité, mais sous un angle assez dangereux. A croire que tous les manifestants ne sont que des ‘petits Blancs’ et tous les casseurs des basanés !’

Une autre internaute, Micaela Rojas, est encore plus sévère : ‘Bravo, sujet magistralement traité, bel exemple de stigmatisation communautaire, un de plus dans l´océan de mépris des médias nationaux vis-à-vis des communautés arabes et noires ! Vous avez tout compris des racines profondes du mal, c´est effectivement l´envie de belles fringues et de portables dernier cri qui motive les ‘bougnoules’ et autres sales négros de banlieue, et pas du tout leur exclusion sociale criante. Quelle clairvoyance ! Je ne pensais pas que Le Monde, que j´estime depuis l´adolescence, pouvait en arriver là.’

Remarque ironique, mais en sens inverse, d´Eric Descheemaeker, d´Oxford (Grande- Bretagne) : ‘ Le Monde a eu, de toute évidence, un instant d´égarement dans son traitement des manifestations lycéennes. Comment pouvez-vous écrire que des ‘Noirs’ y ont agressé des ‘Blancs’ ? Je vous rappelle les règles de l´évangile antiraciste (…). J´attends votre mea culpa.’

Le lendemain, dans un autre courriel, ce même lecteur corrigeait le tir : ‘Merci. Malgré l´ironie de mes propos, croyez bien que je suis heureux que Le Monde regarde enfin la réalité en face. Cela fait quinze ans que j´attendais cela. J´ai passé toute mon enfance, à Paris, à affronter quotidiennement l´attitude hostile des jeunes issus de l´immigration, à qui vous n´avez jamais rien fait mais qui vous haïssent du simple fait que vous êtes blanc ; pour ensuite lire le soir les chroniques ruisselantes de bonne conscience de votre journal expliquant jour après jour que le principal danger menaçant la France était le racisme des petits bourgeois blancs. Quinze ans à renverser systématiquement les victimes et les agresseurs. C´est l´une des raisons pour lesquelles j´ai quitté ce pays.’

Rémy Mouton, qui écrit, lui, de Berlin (Allemagne), s´étonne que Le Monde ait mis tant de temps à découvrir ce qui crevait les yeux depuis longtemps. ‘J´ai passé, raconte-t-il, trois années, de 1983 à 1986, au lycée Georges-Braque d´Argenteuil (Val-d´Oise). Si on ne les connaissait pas d´avance, on apprenait très vite et à grand renfort de coups, en arrivant dans cet établissement, un certain nombre de règles de survie : ne jamais adresser la parole à un non-Blanc, ne jamais regarder une fille non-Blanche, et si une bande de ‘Zoulous’ s´approchait, changer immédiatement de trottoir. Tout manquement coûtait un tabassage (…).’

Rémy Mouton précise : ‘Ces règles n´étaient jamais dites. Il m´a fallu des années pour me rendre compte qu´elles n´étaient pas universelles et que les gens qui n´avaient jamais vécu en banlieue ne les connaissaient pas. Nous n´avions pas le droit de les formuler. Les mots ‘Noir’ et ‘Arabe’ étaient strictement interdits : ç´aurait été du racisme. Etonnamment, nous professions un antiracisme intransigeant, mais uniquement orienté vers soi-même, quasi masochiste. Il faut croire que nous écoutions nos professeurs…’

Au Monde aussi, reconnaissons-le, une sorte de tabou interdisait de parler de certaines choses. Il ne fallait surtout pas ‘faire le jeu du Front national’. On a donc tu, avec les meilleures intentions, ce qui aurait dû être décrit en détail et analysé autrement que par le biais de sociologues bien-pensants.

Aujourd´hui, le Front national boit du petit lait. Le Monde du 16 mars a inspiré à l´un de ses principaux dirigeants, Bruno Gollnisch, un communiqué railleur : ‘Tant que les victimes étaient les jeunes Français des milieux populaires de banlieue, la ‘gauche caviar’ les considérait avec indifférence. Mais aujourd´hui, ce sont ses enfants qui trinquent. Pauvres chéris, qui manifestent contre Fillon et se font agresser lors de ce devoir civique. ‘Allô maman bobo, que font donc les CRS ?’ Les choses ont bien changé depuis Mai 68.’

Le journal ­ comme les médias français en général ­ est absent des zones sinistrées de banlieue. Il ne suffit pas d´un reportage de temps en temps pour rendre compte de ce qui s´y passe, en bien et en mal. Plusieurs lecteurs nous font remarquer que, chaque jour, le pire y côtoie le meilleur : des violences, mais aussi des initiatives intelligentes et courageuses, des parcours exemplaires de jeunes issus de l´immigration… Le racisme n´est pas seulement à double sens, mais affecte aussi les minorités entre elles. Cela dit, il n´y a pas que du racisme, et toute agression n´en relève pas nécessairement.

Le Monde n´a pas attendu les manifestations lycéennes de mars pour commencer à aborder des réalités dérangeantes. Mais il l´a fait jusqu´ici de manière timide et incomplète. L’investigation’, dans ce domaine, a été insuffisante, et c´est un euphémisme.’

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