Terça-feira, 19 de Setembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº958

VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

21/12/2004 na edição 308

‘Les images, dit-on, parlent d´elles-mêmes. Mais sont-elles toujours bien ‘entendues’?

Le Monde daté 28-29 novembre a publié un portrait de François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, accompagné d´une photo qui a fait réagir plusieurs lecteurs.

‘Une photo très caricaturale, dans laquelle on ne le reconnaît absolument pas, écrit Claire Bertrand (Paris). Ce n´est certainement pas pour le mettre en valeur, mais cela nuit davantage à votre journal, qui a besoin de faire du sensationnel pour attirer des acheteurs.’

Une autre lectrice parisienne, Janine Lancha, est encore plus sévère : ‘Une photographie n´est pas neutre, mais la volonté de nuire aura atteint ici les sommets. Au point de faire apparaître un élu de la République, dont on relève par ailleurs le naturel souriant et débonnaire, sous les traits inquiétants et menaçants d´un dangereux brigand ! Vu de face, comme dans une fiche de police anthropométrique, le visage violemment éclairé par en dessous, faisant flotter la tête séparée du torse, comme dans une marionnette de foire, les joues barrées d´ombres étranges évoquant un masque : tout est réuni pour avilir le sujet et trahir sa personnalité.’

Plus interrogative, Marie-Françoise Lenoir, de Denis-en-Val (Loiret), demande : ‘Qui a choisi, et pourquoi, cet air halluciné ou torturé, avec un regard vide et l´ombre des verres de ses lunettes qui lui dessinent un masque bizarre? Cela ressemble à une mauvaise action, mais ce serait trop simple. Vite, éclairez-nous !’

Le portrait de François Hollande était en effet saisissant. Nul n´aurait pris un tel individu en auto-stop… Il y a quelques années, une interview de Lionel Jospin, alors premier ministre, avait soulevé des soupçons inverses : l´adversaire de Jacques Chirac était photographié dans un fauteuil à dorures, l´air solennel. On accusait Le Monde d´en avoir fait un président de la République…

Mais pourquoi le journal aurait-il voulu démolir le champion du ‘oui’, alors que ses éditoriaux défendaient la Constitution européenne? Nos trois lectrices lui prêtent une intention qu´il n´avait pas. ‘Le dirigeant socialiste a accepté de poser pour Patrick Swirc, un photographe connu et respecté, explique Françoise Riss, conseillère photo auprès de la direction de la rédaction. Cette photographie n´est pas un instantané, mais un portrait d´auteur : c´est un visage interprété par un artiste. Il ne faut y voir aucune malice.’

L´auteur du portrait remarque pour sa part que ‘les gens sympathiques sont difficiles à photographier’. Il a voulu donner du rondouillard François Hollande (‘Monsieur Petites blagues’) l´image d´un chef de guerre, qui correspondait bien à son état d´esprit à la veille d´un vote crucial. Sans doute aurait-il fallu le signaler, plutôt que d´accompagner la photo d´une légende insipide, qui ne nous éclairait guère : ‘François Hollande, jeudi 25 novembre, au siège du Parti socialiste.’

Autre malentendu, mais cette fois pour un dessin : une quinzaine de lecteurs ont vivement protesté contre le Plantu qui accompagnait la manchette du 9 décembre, consacrée aux trente ans de la loi Veil sur les interruptions volontaires de grossesse (IVG).

‘Ce dessin est une incitation indirecte à la violence maternelle, écrit Cécile Edel (courriel). Je vous mets au défi de me trouver une seule maman qui ait pleuré en voyant naître son enfant et souhaité qu´il n´existe pas.’ Etienne Ginoux (Nantes) abonde dans le même sens : ‘Je ne pensais pas que l´on pouvait aller aussi loin dans le non-respect de la personne humaine, et en particulier de l´enfant, en le considérant comme une tare, un poids, voire un objet embarrassant !’

C´est au tour de Plantu d´être surpris. ‘Ce dessin, dit-il, n´était pas destiné à faire rire. J´ai voulu montrer le drame d´une femme qui a oublié de prendre sa pilule. A l´image de la société qui a oublié la loi Veil… L´avortement est un drame, et c´est une affaire de femmes, comme l´illustre l´homme qui dort. Avec le recul, et après avoir lu ce courrier, je pense que j´aurais dû souligner davantage l´indifférence du mari dont la barbe de trois jours n´était pas suffisante… C´était la seule violence de ce dessin, que j´ai adouci par des tons pastel, rose et bleu.’ La signification de cette image n´était peut-être pas évidente, mais il est frappant de constater comment certains l´ont vue. Un lecteur parisien parle d´une ‘mère en pleurs auprès d´un berceau’, tandis qu´une internaute évoque ‘une femme pleurant à côté de son enfant’. Or il n´y a dans ce dessin ni berceau ni enfant…

Il est rare que Plantu soit mal compris. En général, on saisit instantanément ce qu´il a voulu dire, quitte à ne pas l´approuver, le trouver injuste ou excessif. Par exemple, déguiser, plusieurs jours de suite, Jean-Pierre Raffarin en Alsacienne au lendemain des élections régionales (parce que l´Alsace est la seule région ayant voté à droite) avait entraîné une protestation solennelle des autorités locales, mais personne ne s´y trompait : c´était bien le premier ministre, portant la coiffe traditionnelle et mangeant des saucisses, qu´on moquait gentiment, et non cette région.

Neuf fois sur dix, le dessin de première page est une charge claire, contre un objectif précis. Le travail de Plantu se complique quand il doit commenter une catastrophe ou un sujet grave, comme le suicide ou l´euthanasie. On glisse alors de la caricature à une forme de poésie, généralement sans texte.

Les lecteurs réguliers du Monde savent que Plantu peut changer totalement de registre d´un jour à l´autre. Ils savent aussi que, malgré ses provocations, il ne plaisante jamais avec la mort.

Pour le numéro du 9 décembre, il avait fait, comme souvent, plusieurs esquisses. Sa première idée était humoristique. Si elle avait été retenue, elle n´aurait – paradoxalement – choqué personne. On y voyait une enseignante à chignon, l´air sévère, pointant une règle sur le tableau noir en disant : ‘L´autre jour, je vous ai interrogé sur le préservatif. Aujourd´hui, l´interro sera sur la pilule et le stérilet !’ Et un élève, accablé, murmurait à sa voisine : ‘Mince ! J´ai révisé Jeanne d´Arc.’

C´est l´autre Plantu – faut-il le qualifier de poétique? – qui s´exprime sur la façade du nouvel immeuble du Monde, boulevard Blanqui. Dans ce dessin géant, trois colombes ayant pour ailes des pages du journal, et au bec un rameau d´olivier, survolent une mappemonde. La plus grande est accompagnée d´un éclat rouge, comme dans le dessin sur la loi Veil.

Pourquoi ces apostrophes écarlates? ‘Le rouge souligne une intensité, explique Plantu. Il peut vouloir dire aussi que cette planète n´est pas seulement paisible… J´aime bien qu´il y ait une petite équivoque dans mes dessins. Le lecteur est libre de les interpréter à sa guise. Je le laisse y ajouter sa propre part d´imaginaire.’

Dans Le Monde, photos et dessins ne se réduisent pas à des illustrations décoratives : ce sont des informations ou des points de vue à part entière, soumis aux mêmes vérifications et aux mêmes réflexions critiques que les articles. Il est normal que les lecteurs y réagissent, d´autant que ces images se veulent percutantes. Ce sont elles que l´on voit en premier. Et ce sont elles que l´on ‘relit’ parfois, d´un dernier coup d´œil, avant de tourner la page…’

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