Terça-feira, 21 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº966

VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

04/10/2005 na edição 349

‘Une lettre un peu amère, postée de Hyon (Belgique). ‘Le 8 septembre, m’écrit P. Gosselain, je vous envoyais une réaction à un article de Frédéric Edelmann sur l’innovation architecturale. Je m’interroge sur la raison pour laquelle mon texte n’a pas été retenu pour le Courrier des lecteurs, alors que depuis son envoi, il y a deux semaines, quelque quarante textes ont été publiés. Si nombre d’entre eux soulevaient des questions intéressantes voire importantes, d’autres mettaient l’accent sur des faits accessoires. Voudriez-vous avoir l’amabilité de me dire sur quels critères reposent vos décisions ? En l’occurrence, le fait de contester l’opinion émise par un journaliste chevronné de votre maison est-il un critère de rejet ?’

A cette dernière question, la réponse est évidemment non. Nul n’est infaillible (pas même le médiateur…) et nul n’échappe à la critique. Certaines lettres ­ virulentes, injurieuses ou développant des idées inexactes ­ ne sont pas publiées parce qu’elles appelleraient une réponse de la rédaction. Or, Le Monde a pris la bonne habitude de laisser le dernier mot au lecteur, au lieu de commenter en quelques lignes assassines les courriers accueillis dans ses colonnes…

La lettre de M. Gosselain, qui exposait des idées intéressantes sur un ton serein, ne posait pas ce problème. Elle avait seulement l’inconvénient d’être beaucoup trop longue (plus de 20 000 signes) et de répondre à un article qui datait du 12 juillet. Délai excessif pour un quotidien, malgré la parenthèse de l’été.

Sur les centaines de lettres qui nous parviennent chaque semaine, moins d’une trentaine peuvent trouver place dans le Courrier des lecteurs. On privilégie les textes originaux, stimulants, qui ne répètent pas des propos écrits dans le journal, ou qui s’en démarquent ­ d’où leur tonalité souvent critique. La clarté, la concision et l’humour jouent en leur faveur, tout comme l’émotion contenue dans un témoignage ou la précision d’une expertise.

Il y a quelques jours, plusieurs lecteurs se sont empressés de dénoncer une initiative de M. Sarkozy sur Internet. C’est Pascal Loewenguth, de Bambiderstroff (Moselle), qui a su le mieux retenir notre attention : ‘Ce matin, entre un courriel m’informant d’une promotion exceptionnelle sur des petites pilules bleues et un autre d’une certaine Sandra, qui ­ paraît-il ­ s’expose toute nue devant sa Webcam, je suis tombé sur un charmant message de notre petit Iznogoud à nous, je veux parler du président de l’UMP. Celui-ci m’annonce fièrement qu’il a élaboré un projet pour 2007 et me demande très gentiment d’y apporter ma contribution. Fort bien. Je lui ai donc immédiatement répondu qu’à mon humble avis il serait plus que temps de s’attaquer enfin au problème des courriers non sollicités sur Internet.’

Sur un sujet plus grave, le choix est moins aisé. Le Monde du 14 septembre a consacré plusieurs articles à ‘l’humiliation des élèves qui perdure dans le système scolaire français’ . Ce dossier se fondait sur l’étude d’un sociologue, Pierre Merle, et était appuyé par une interview de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation.

Des enseignants ont réagi. En 2005, vous auriez été plus inspirés de vous pencher sur l’humiliation des professeurs, écrit en substance Claire Simon (courriel). Pablo Moyal, agrégé de lettres classiques au lycée Val-de-Durance à Pertuis (Vaucluse), a choisi, lui, l’humour acide, conseillant au Monde de dénoncer, ‘avec le même courage et de manière tout aussi judicieuse, les enseignants assassins, les profs pédérastes, les violeurs dans le secondaire…’ .

C’est la lettre de deux professeurs de lettres, Mireille Grange (Nord) et Michel Leroux (Isère), qui devait être retenue pour le Courrier : ‘Les deux pages du Monde, écrivaient-ils, nous éclairent moins sur notre école que sur les sociologues qui l’observent. Après ‘l’ennui’ des enfants (en vogue depuis 1998), voici qu’il est question de leur ‘humiliation’. Est-il bien scientifique, sous prétexte que des enseignants manqueraient de délicatesse, de présenter ce problème comme une vérité générale ? Comment peut-on honnêtement oublier que la plus grande humiliation consiste à mettre un élève dans la situation de ne pas maîtriser la lecture à l’âge de 11 ans, condition réservée à 20 % de nos collégiens ?’

Le dossier du Monde exposait différents points de vue, mais, par son ampleur et sa tonalité, donnait du crédit à l’étude du sociologue. Il n’en a pas été de même dans le numéro du 23 septembre avec le rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui recommandait le dépistage systématique, dès l’âge de 36 mois, des troubles de conduite chez l’enfant, pour en assurer la prise en charge précoce. Le journal en a fait un gros titre de première page (‘Les enfants turbulents relèvent-ils de la médecine ?’), mais a interviewé un pédopsychiatre opposé à cette démarche et a pris ses distances dans un éditorial.

Cela n’a pas empêché une avalanche de courrier. Nous avons publié trois lettres dans Le Monde du 28 septembre, mais trente autres mériteraient d’être citées. Par exemple, celle d’Anne Dewitte, de Colombes (Hauts-de-Seine) : ‘36 mois ! N’est-ce pas un peu tôt pour se voir étiqueter délinquant potentiel ? N’est-ce pas un peu tôt pour se voir condamné à plusieurs années de tests, d’entretiens, de traitements et de drogues psychiatriques, tout cela sur fond de culpabilisation de l’enfant et des parents ? L’étape suivante consistera sans doute à repérer le terroriste virtuel chez le nourrisson qui fait tomber par plaisir son jeu de cubes ? Quel genre de société nous préparent ces apprentis sorciers ?’

Le Courrier des lecteurs se doit d’être ouvert à toutes les opinions, mais, dans un espace limité, il ne prétend ni à l’exhaustivité ni même à l’équilibre. Les sujets s’y mêlent, des plus douloureux aux plus frivoles. Les textes publiés ne sont que sa partie visible. Tous les autres sont lus avec attention, circulent dans la rédaction et peuvent susciter des articles. Sans compter les rectificatifs, dus pour la plupart à la vigilance des lecteurs.

Même le détail d’une photo peut nous valoir des dizaines de réactions. Le Monde du 14 septembre, qui avait interviewé Dominique Strauss-Kahn, le montrait devant ‘deux tableaux représentant Jean Jaurès et Léon Blum’ . Horreur ! ‘Le personnage en deuxième plan sur le mur n’est pas Blum, mais Jules Guesde, nous a aussitôt écrit Dominique Losay (courriel). S’il porte bien bésicles, sa barbe est un peu longue pour l’élégant Léon.’ Confirmation de Luc Douillard (Nantes) : ‘Guesde avait le front très dégagé, mais une grande barbe socialiste, alors que Blum portait moustache et lunettes.’ Suivait un petit cours d’histoire politique rappelant comment l’ancien chef du gouvernement du Front populaire avait été ‘mis en minorité dès la Libération par les néo-guesdistes de la SFIO menés par Guy Mollet’ …

Il ne restait plus au journal qu’à battre sa coulpe, dans un rectificatif aussi net que possible. Sans chercher d’excuses, sans affirmer ­ comme naguère ­ qu’une erreur ‘s’était glissée’ insidieusement et sans partir de l’hypocrite principe que les lecteurs avaient ‘rectifié d’eux-mêmes’.’

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DIRETóRIO ACADêMICO > LE MONDE

Robert Solé

04/10/2005 na edição 349

‘Une lettre un peu amère, postée de Hyon (Belgique). ‘Le 8 septembre, m’écrit P. Gosselain, je vous envoyais une réaction à un article de Frédéric Edelmann sur l’innovation architecturale. Je m’interroge sur la raison pour laquelle mon texte n’a pas été retenu pour le Courrier des lecteurs, alors que depuis son envoi, il y a deux semaines, quelque quarante textes ont été publiés. Si nombre d’entre eux soulevaient des questions intéressantes voire importantes, d’autres mettaient l’accent sur des faits accessoires. Voudriez-vous avoir l’amabilité de me dire sur quels critères reposent vos décisions ? En l’occurrence, le fait de contester l’opinion émise par un journaliste chevronné de votre maison est-il un critère de rejet ?’

A cette dernière question, la réponse est évidemment non. Nul n’est infaillible (pas même le médiateur…) et nul n’échappe à la critique. Certaines lettres ­ virulentes, injurieuses ou développant des idées inexactes ­ ne sont pas publiées parce qu’elles appelleraient une réponse de la rédaction. Or, Le Monde a pris la bonne habitude de laisser le dernier mot au lecteur, au lieu de commenter en quelques lignes assassines les courriers accueillis dans ses colonnes…

La lettre de M. Gosselain, qui exposait des idées intéressantes sur un ton serein, ne posait pas ce problème. Elle avait seulement l’inconvénient d’être beaucoup trop longue (plus de 20 000 signes) et de répondre à un article qui datait du 12 juillet. Délai excessif pour un quotidien, malgré la parenthèse de l’été.

Sur les centaines de lettres qui nous parviennent chaque semaine, moins d’une trentaine peuvent trouver place dans le Courrier des lecteurs. On privilégie les textes originaux, stimulants, qui ne répètent pas des propos écrits dans le journal, ou qui s’en démarquent ­ d’où leur tonalité souvent critique. La clarté, la concision et l’humour jouent en leur faveur, tout comme l’émotion contenue dans un témoignage ou la précision d’une expertise.

Il y a quelques jours, plusieurs lecteurs se sont empressés de dénoncer une initiative de M. Sarkozy sur Internet. C’est Pascal Loewenguth, de Bambiderstroff (Moselle), qui a su le mieux retenir notre attention : ‘Ce matin, entre un courriel m’informant d’une promotion exceptionnelle sur des petites pilules bleues et un autre d’une certaine Sandra, qui ­ paraît-il ­ s’expose toute nue devant sa Webcam, je suis tombé sur un charmant message de notre petit Iznogoud à nous, je veux parler du président de l’UMP. Celui-ci m’annonce fièrement qu’il a élaboré un projet pour 2007 et me demande très gentiment d’y apporter ma contribution. Fort bien. Je lui ai donc immédiatement répondu qu’à mon humble avis il serait plus que temps de s’attaquer enfin au problème des courriers non sollicités sur Internet.’

Sur un sujet plus grave, le choix est moins aisé. Le Monde du 14 septembre a consacré plusieurs articles à ‘l’humiliation des élèves qui perdure dans le système scolaire français’ . Ce dossier se fondait sur l’étude d’un sociologue, Pierre Merle, et était appuyé par une interview de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation.

Des enseignants ont réagi. En 2005, vous auriez été plus inspirés de vous pencher sur l’humiliation des professeurs, écrit en substance Claire Simon (courriel). Pablo Moyal, agrégé de lettres classiques au lycée Val-de-Durance à Pertuis (Vaucluse), a choisi, lui, l’humour acide, conseillant au Monde de dénoncer, ‘avec le même courage et de manière tout aussi judicieuse, les enseignants assassins, les profs pédérastes, les violeurs dans le secondaire…’ .

C’est la lettre de deux professeurs de lettres, Mireille Grange (Nord) et Michel Leroux (Isère), qui devait être retenue pour le Courrier : ‘Les deux pages du Monde, écrivaient-ils, nous éclairent moins sur notre école que sur les sociologues qui l’observent. Après ‘l’ennui’ des enfants (en vogue depuis 1998), voici qu’il est question de leur ‘humiliation’. Est-il bien scientifique, sous prétexte que des enseignants manqueraient de délicatesse, de présenter ce problème comme une vérité générale ? Comment peut-on honnêtement oublier que la plus grande humiliation consiste à mettre un élève dans la situation de ne pas maîtriser la lecture à l’âge de 11 ans, condition réservée à 20 % de nos collégiens ?’

Le dossier du Monde exposait différents points de vue, mais, par son ampleur et sa tonalité, donnait du crédit à l’étude du sociologue. Il n’en a pas été de même dans le numéro du 23 septembre avec le rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui recommandait le dépistage systématique, dès l’âge de 36 mois, des troubles de conduite chez l’enfant, pour en assurer la prise en charge précoce. Le journal en a fait un gros titre de première page (‘Les enfants turbulents relèvent-ils de la médecine ?’), mais a interviewé un pédopsychiatre opposé à cette démarche et a pris ses distances dans un éditorial.

Cela n’a pas empêché une avalanche de courrier. Nous avons publié trois lettres dans Le Monde du 28 septembre, mais trente autres mériteraient d’être citées. Par exemple, celle d’Anne Dewitte, de Colombes (Hauts-de-Seine) : ‘36 mois ! N’est-ce pas un peu tôt pour se voir étiqueter délinquant potentiel ? N’est-ce pas un peu tôt pour se voir condamné à plusieurs années de tests, d’entretiens, de traitements et de drogues psychiatriques, tout cela sur fond de culpabilisation de l’enfant et des parents ? L’étape suivante consistera sans doute à repérer le terroriste virtuel chez le nourrisson qui fait tomber par plaisir son jeu de cubes ? Quel genre de société nous préparent ces apprentis sorciers ?’

Le Courrier des lecteurs se doit d’être ouvert à toutes les opinions, mais, dans un espace limité, il ne prétend ni à l’exhaustivité ni même à l’équilibre. Les sujets s’y mêlent, des plus douloureux aux plus frivoles. Les textes publiés ne sont que sa partie visible. Tous les autres sont lus avec attention, circulent dans la rédaction et peuvent susciter des articles. Sans compter les rectificatifs, dus pour la plupart à la vigilance des lecteurs.

Même le détail d’une photo peut nous valoir des dizaines de réactions. Le Monde du 14 septembre, qui avait interviewé Dominique Strauss-Kahn, le montrait devant ‘deux tableaux représentant Jean Jaurès et Léon Blum’ . Horreur ! ‘Le personnage en deuxième plan sur le mur n’est pas Blum, mais Jules Guesde, nous a aussitôt écrit Dominique Losay (courriel). S’il porte bien bésicles, sa barbe est un peu longue pour l’élégant Léon.’ Confirmation de Luc Douillard (Nantes) : ‘Guesde avait le front très dégagé, mais une grande barbe socialiste, alors que Blum portait moustache et lunettes.’ Suivait un petit cours d’histoire politique rappelant comment l’ancien chef du gouvernement du Front populaire avait été ‘mis en minorité dès la Libération par les néo-guesdistes de la SFIO menés par Guy Mollet’ …

Il ne restait plus au journal qu’à battre sa coulpe, dans un rectificatif aussi net que possible. Sans chercher d’excuses, sans affirmer ­ comme naguère ­ qu’une erreur ‘s’était glissée’ insidieusement et sans partir de l’hypocrite principe que les lecteurs avaient ‘rectifié d’eux-mêmes’.’

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