Segunda-feira, 20 de Novembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº966

VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

17/10/2005 na edição 351

‘La langue anglaise s’impose de plus en plus dans l’actualité internationale. Comment Le Monde y échapperait-il ? Chaque année, nos colonnes abritent un nombre croissant de mots venus d’outre-Atlantique. Les uns, reproduits tels quels : ce sont les anglicismes, abusifs ou justifiés. Les autres, traduits en français, et parfois mal traduits : ce sont, dans la plupart des cas, des mots pièges, de faux amis.

‘A la lecture du Monde, nous écrivait cet été Gaétan Fortin (courriel), on pourrait croire que tous les policiers américains sont des officiers. Or police officer signifie tout simplement policier ou fonctionnaire de police.’ Un citoyen bien élevé, à la recherche d’un renseignement (‘S’il vous plaît, monsieur l’agent…’) dira donc ‘Please officer’. M. Fortin en profite pour nous mettre en garde contre ‘les engineers qui sont le plus souvent des mécaniciens, voire des dépanneurs’. On essaiera de s’en souvenir.

Un faux ami, selon le dictionnaire, est un mot qui, dans une autre langue, présente une similitude trompeuse avec un mot français. L’exemple le plus classique est le très sournois actually anglais qui, comme chacun sait, ne signifie pas actuellement, mais effectivement. Les médias ont affaire en permanence à d’autres chausse-trapes, comme conviction (condamnation), apprehension (compréhension), effective (efficace)…

L’actualité s’ingénie à multiplier les embûches. Quand des soldats américains en Irak font feu par erreur sur leurs alliés, c’est ce qu’on appelle un friendly fire, que Le Monde avait traduit par ‘tir ami’. L’amitié n’est pour rien dans cette affaire, nous a fait remarquer un lecteur d’Arlington (Virginie, Etats-Unis), Jean-François Cosse : il s’agit d’un tir fratricide.

Fallait-il, dans Le Monde 2 du 24 septembre (reprenant un article de… 1992), faire dire à Yoko Ono, qui fut la compagne de John Lennon : ‘Ma mère était une socialiste ?’ Roger Balian (courriel) en doute : ‘Le contexte (père banquier, mère ‘très occupée de son côté’, nombreux serviteurs) implique que Yoko Ono avait très probablement dit : ‘My mother was a socialite’, c’est-à-dire une mondaine !’

Des faux amis, Marie-Aude Ligozat (courriel) en ramasse à la pelle dans Le Monde. Le numéro du 3 septembre l’a particulièrement énervée. Elle y a découvert une ‘disgrâce nationale’ (au lieu de honte ou scandale national) ; un ‘député local’ (au lieu d’un représentant de la police) ; et ‘l’ordre de tirer pour tuer’, traduction mot à mot de ‘the order to shoot and kill’, qui, remarque-t-elle, est l’autorisation de tirer à vue.

‘Il ne s’agit pas de défendre la langue française de manière conservatrice et crispée, mais de refuser que les journalistes donnent, par des traductions hasardeuses et bâclées, des informations inexactes ou dépourvues de toute signification’, affirme Marie-Aude Ligozat. ‘Il serait grand temps que vos journalistes prennent la peine d’ouvrir un dictionnaire anglais-français avant d’écrire leurs articles’, ajoute Philippe Néaumet, de Saint-Avertin (Indre-et-Loire).

Une lectrice parisienne, Catherine Coquery-Vidrovitch, a été ‘scandalisée’ de lire dans Le Monde du 17 août, la phrase suivante : ‘Les deux chercheurs ont conjugué de nombreuses données provenant d’études sociales réalisées aux Etats-Unis entre 1972 et 2002. Ils ont utilisé l’âge, les revenus des familles, la santé, le niveau d’études, le vieillissement, la race et la situation conjugale.’

Comment peut-on parler de race ! s’exclame Mme Coquery-Vidrovitch. ‘La génétique a démontré que ce concept est erroné. Et il a un passé… horrible. Le mot anglais race est entré dans l’usage américain avec une nuance un peu différente, bien qu’héritée du même ‘passé scientifique’ du XIXe siècle : il désigne des catégories statistiques (malheureusement) encore en usage là-bas. Alors, de grâce, ne l’utilisez pas sans guillemets et sans explications!’

L’anglais n’a pas le monopole des faux amis. Les amoureux de l’italien savent qu’un incidente peut être un grave accident de la circulation. Les hispanophones n’ignorent pas que suceso signifie événement, alors que succès se dit éxito.

‘Le Monde pourrait-il, s’il vous plaît, faire vérifier les traductions de certains termes ou expressions arabes ou empruntés à la langue arabe via l’islam ?’, demande François Clément, maître de conférences en langue et civilisation arabes à l’université de Nantes. Il prend un exemple ancien : le fameux ministère afghan ‘du vice et de la vertu’, du temps des talibans. Certes, remarque-t-il, ces derniers professaient une conception très ‘vertueuse’ de l’organisation de la société. Mais l’expression arabe, banale en droit musulman, signifie simplement ‘interdire l’illicite et prescrire le licite’ ; en d’autres termes ‘réprimer les délits et faire respecter la loi’. Cela sonne un brin suranné, ajoute l’universitaire, mais ni plus ni moins que ‘garde des sceaux’. Mieux valait donc, selon lui, traduire l’institution talibane par ‘ministère de la justice’.

Exemple plus actuel : le groupe d’Abou Moussab Al-Zarkaoui, en Irak, s’appelle Tawhid wal Jihad, que Le Monde, comme d’autres médias, traduit généralement par ‘Unicité et guerre sainte’. M. Clément met en garde contre ce genre de transcription mot à mot : ‘Indépendamment de l’interprétation djihad = guerre sainte, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, tawhîd, c’est ici, dans le contexte idéologique, l’affirmation de l’unicité de Dieu. Nous avons un mot plus courant pour le dire : ‘monothéisme’. Le concept de tawhîd s’oppose à celui d’associationnisme (qui englobe le christianisme). ‘Monothéisme et djihad’, on comprend mieux. Et puis, pourquoi traduire, surtout sans donner d’explication ? ‘Tawhîd et djihad’, les deux mots sont faciles à lire et à prononcer…’

Des expressions étrangères trouvent dans la presse des traductions imparfaites, qui finissent par s’imposer à force d’être répétées. Il devient très difficile, pour ne pas dire impossible, de s’en défaire. Fedayin (‘ceux qui se sacrifient’) a beau être un pluriel, les médias français ont pris l’habitude de dire et d’écrire ‘un fedayin’, jamais ‘un fedaï’. On a, il est vrai, des précédents célèbres dans d’autres domaines : en dehors de certains milieux culturels, nul ne se sent obligé aujourd’hui d’écrire ‘des scenarii’, et nul ne songerait à avaler ‘un spaghetto’…

Cela ne dispense pas Le Monde de chercher à être aussi exact que possible dans la traduction des mots étrangers. Le recours fréquent à des dictionnaires bilingues est indispensable, mais ne suffit pas toujours. ‘Lorsque mes étudiants, explique M. Clément, commettent des traductions automatiques sans souci du contexte, je leur rappelle que les dictionnaires sont des bouées uniquement pour ceux qui savent déjà nager. Les cursus de langues étrangères, dans les universités, comprennent nécessairement des cours de civilisation. Ils servent à cela : éviter la noyade.’

Nous voilà bien au-delà des faux amis…’

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JORNAL DE DEBATES > LE MONDE

Robert Solé

17/10/2005 na edição 351

‘La langue anglaise s’impose de plus en plus dans l’actualité internationale. Comment Le Monde y échapperait-il ? Chaque année, nos colonnes abritent un nombre croissant de mots venus d’outre-Atlantique. Les uns, reproduits tels quels : ce sont les anglicismes, abusifs ou justifiés. Les autres, traduits en français, et parfois mal traduits : ce sont, dans la plupart des cas, des mots pièges, de faux amis.

‘A la lecture du Monde, nous écrivait cet été Gaétan Fortin (courriel), on pourrait croire que tous les policiers américains sont des officiers. Or police officer signifie tout simplement policier ou fonctionnaire de police.’ Un citoyen bien élevé, à la recherche d’un renseignement (‘S’il vous plaît, monsieur l’agent…’) dira donc ‘Please officer’. M. Fortin en profite pour nous mettre en garde contre ‘les engineers qui sont le plus souvent des mécaniciens, voire des dépanneurs’. On essaiera de s’en souvenir.

Un faux ami, selon le dictionnaire, est un mot qui, dans une autre langue, présente une similitude trompeuse avec un mot français. L’exemple le plus classique est le très sournois actually anglais qui, comme chacun sait, ne signifie pas actuellement, mais effectivement. Les médias ont affaire en permanence à d’autres chausse-trapes, comme conviction (condamnation), apprehension (compréhension), effective (efficace)…

L’actualité s’ingénie à multiplier les embûches. Quand des soldats américains en Irak font feu par erreur sur leurs alliés, c’est ce qu’on appelle un friendly fire, que Le Monde avait traduit par ‘tir ami’. L’amitié n’est pour rien dans cette affaire, nous a fait remarquer un lecteur d’Arlington (Virginie, Etats-Unis), Jean-François Cosse : il s’agit d’un tir fratricide.

Fallait-il, dans Le Monde 2 du 24 septembre (reprenant un article de… 1992), faire dire à Yoko Ono, qui fut la compagne de John Lennon : ‘Ma mère était une socialiste ?’ Roger Balian (courriel) en doute : ‘Le contexte (père banquier, mère ‘très occupée de son côté’, nombreux serviteurs) implique que Yoko Ono avait très probablement dit : ‘My mother was a socialite’, c’est-à-dire une mondaine !’

Des faux amis, Marie-Aude Ligozat (courriel) en ramasse à la pelle dans Le Monde. Le numéro du 3 septembre l’a particulièrement énervée. Elle y a découvert une ‘disgrâce nationale’ (au lieu de honte ou scandale national) ; un ‘député local’ (au lieu d’un représentant de la police) ; et ‘l’ordre de tirer pour tuer’, traduction mot à mot de ‘the order to shoot and kill’, qui, remarque-t-elle, est l’autorisation de tirer à vue.

‘Il ne s’agit pas de défendre la langue française de manière conservatrice et crispée, mais de refuser que les journalistes donnent, par des traductions hasardeuses et bâclées, des informations inexactes ou dépourvues de toute signification’, affirme Marie-Aude Ligozat. ‘Il serait grand temps que vos journalistes prennent la peine d’ouvrir un dictionnaire anglais-français avant d’écrire leurs articles’, ajoute Philippe Néaumet, de Saint-Avertin (Indre-et-Loire).

Une lectrice parisienne, Catherine Coquery-Vidrovitch, a été ‘scandalisée’ de lire dans Le Monde du 17 août, la phrase suivante : ‘Les deux chercheurs ont conjugué de nombreuses données provenant d’études sociales réalisées aux Etats-Unis entre 1972 et 2002. Ils ont utilisé l’âge, les revenus des familles, la santé, le niveau d’études, le vieillissement, la race et la situation conjugale.’

Comment peut-on parler de race ! s’exclame Mme Coquery-Vidrovitch. ‘La génétique a démontré que ce concept est erroné. Et il a un passé… horrible. Le mot anglais race est entré dans l’usage américain avec une nuance un peu différente, bien qu’héritée du même ‘passé scientifique’ du XIXe siècle : il désigne des catégories statistiques (malheureusement) encore en usage là-bas. Alors, de grâce, ne l’utilisez pas sans guillemets et sans explications!’

L’anglais n’a pas le monopole des faux amis. Les amoureux de l’italien savent qu’un incidente peut être un grave accident de la circulation. Les hispanophones n’ignorent pas que suceso signifie événement, alors que succès se dit éxito.

‘Le Monde pourrait-il, s’il vous plaît, faire vérifier les traductions de certains termes ou expressions arabes ou empruntés à la langue arabe via l’islam ?’, demande François Clément, maître de conférences en langue et civilisation arabes à l’université de Nantes. Il prend un exemple ancien : le fameux ministère afghan ‘du vice et de la vertu’, du temps des talibans. Certes, remarque-t-il, ces derniers professaient une conception très ‘vertueuse’ de l’organisation de la société. Mais l’expression arabe, banale en droit musulman, signifie simplement ‘interdire l’illicite et prescrire le licite’ ; en d’autres termes ‘réprimer les délits et faire respecter la loi’. Cela sonne un brin suranné, ajoute l’universitaire, mais ni plus ni moins que ‘garde des sceaux’. Mieux valait donc, selon lui, traduire l’institution talibane par ‘ministère de la justice’.

Exemple plus actuel : le groupe d’Abou Moussab Al-Zarkaoui, en Irak, s’appelle Tawhid wal Jihad, que Le Monde, comme d’autres médias, traduit généralement par ‘Unicité et guerre sainte’. M. Clément met en garde contre ce genre de transcription mot à mot : ‘Indépendamment de l’interprétation djihad = guerre sainte, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, tawhîd, c’est ici, dans le contexte idéologique, l’affirmation de l’unicité de Dieu. Nous avons un mot plus courant pour le dire : ‘monothéisme’. Le concept de tawhîd s’oppose à celui d’associationnisme (qui englobe le christianisme). ‘Monothéisme et djihad’, on comprend mieux. Et puis, pourquoi traduire, surtout sans donner d’explication ? ‘Tawhîd et djihad’, les deux mots sont faciles à lire et à prononcer…’

Des expressions étrangères trouvent dans la presse des traductions imparfaites, qui finissent par s’imposer à force d’être répétées. Il devient très difficile, pour ne pas dire impossible, de s’en défaire. Fedayin (‘ceux qui se sacrifient’) a beau être un pluriel, les médias français ont pris l’habitude de dire et d’écrire ‘un fedayin’, jamais ‘un fedaï’. On a, il est vrai, des précédents célèbres dans d’autres domaines : en dehors de certains milieux culturels, nul ne se sent obligé aujourd’hui d’écrire ‘des scenarii’, et nul ne songerait à avaler ‘un spaghetto’…

Cela ne dispense pas Le Monde de chercher à être aussi exact que possible dans la traduction des mots étrangers. Le recours fréquent à des dictionnaires bilingues est indispensable, mais ne suffit pas toujours. ‘Lorsque mes étudiants, explique M. Clément, commettent des traductions automatiques sans souci du contexte, je leur rappelle que les dictionnaires sont des bouées uniquement pour ceux qui savent déjà nager. Les cursus de langues étrangères, dans les universités, comprennent nécessairement des cours de civilisation. Ils servent à cela : éviter la noyade.’

Nous voilà bien au-delà des faux amis…’

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