Terça-feira, 26 de Setembro de 2017
ISSN 1519-7670 - Ano 19 - nº959

VOZ DOS OUVIDORES > LE MONDE

Robert Solé

31/10/2005 na edição 353

‘C’est le troisième courriel en quelques mois que m’adresse Daniel de Poli, lecteur d’Illkirch (Bas-Rhin). Et toujours pour la même raison, à savoir ‘les féminisations hâtives et irréfléchies’ de certains mots.

En mars, il avait lu dans Le Monde que ‘Giuliana Sgrena était la huitième ressortissante italienne prise en otage en Irak’ . Ce qui laissait supposer que les sept autres otages étaient également de sexe féminin. ‘Vous auriez dû écrire : le huitième ressortissant’ , remarquait notre lecteur, en s’appuyant sur un avis de l’Académie française.

Nouvelle protestation en septembre, Le Monde ayant qualifié Mme Timochenko de ‘première ministre’ d’Ukraine. C’est absurde, commentait M. de Poli : ‘Le premier ministre, qu’il soit homme ou femme, est le premier des ministres, donc le premier d’un groupe d’hommes et de femmes. C’est le genre non marqué qui doit lui être appliqué.’ Il nous précisait que l’avis de l’Académie française était disponible sur Internet.

Mais Le Monde du 21 octobre a récidivé, avec ce titre : ‘Le ‘bivouac’ de la lieutenante-cavalière Pelardy ne fut pas une balade.’ L’agacement commence à se faire sentir à Illkirch : ‘On dit un lieutenant même s’il s’agit d’une femme, tout comme on dit une personne ou une recrue même s’il s’agit d’un homme. Jean-Louis Andreani emploie fort justement le masculin dans son article, il est aberrant de mettre le féminin dans le titre (…) . Http ://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation.asp.’

M. de Poli n’est pas le seul lecteur ­ et dans ce mot j’inclus naturellement les lectrices ­ que le sujet chagrine. Il est vrai que Le Monde a du mal à désigner de manière cohérente et uniforme les fonctions, métiers et grades détenus par ‘l’autre moitié du ciel’, selon la formule du regretté Mao Zedong. Mais le journal ne fait que refléter une indécision générale en France.

Au niveau officiel, c’est la cacophonie. En 1984, l’Académie française a appris par la presse l’existence d’une commission de terminologie et de néologie, créée à l’initiative du gouvernement de Laurent Fabius pour ‘étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes’ . Les propositions de cette commission devaient être partiellement reprises dans une circulaire de mars 1986, mais jamais appliquées. Dix ans plus tard, sous la pression des femmes de son gouvernement, Lionel Jospin commandait une nouvelle étude. Cependant, sans attendre les résultats de celle-ci, il invitait l’administration à féminiser les noms de métier, de fonction, grade ou titre chaque fois que le mot était d’usage courant (la secrétaire, la directrice, la conseillère…). Au grand dam de l’Académie française, qui est favorable à la féminisation des noms de métier, mais pas des fonctions ou des grades : Hélène Carrère d’Encausse est toujours ­ et elle y tient ­ le secrétaire perpétuel de cette vénérable institution.

Aux Etats-Unis, pour ne pas créer de discriminations, on cherche à gommer toute allusion au sexe des personnes : steward et stewardess , par exemple, ont été transformés en une appellation unique, cabin attendant . Mais la langue française, elle, ne connaît pas de genre neutre et ne dispose pas d’articles qui marquent indifféremment le féminin et le masculin (the minister, a teacher ). Elle n’a pas de suffixe unique permettant de féminiser automatiquement les substantifs. Le masculin a une valeur générique (les hommes, les habitants), et le masculin pluriel représente les deux sexes.

Le Monde a tenté de se faire une religion en la matière. Son ‘Livre de style’ contient une liste indicative pour la féminisation des noms. Les journalistes sont censés écrire une agrégée, une ministre, une députée, une inspectrice, mais aussi une première ministre, une sergente, une écrivaine, une auteure, une procureure, une professeure, une metteuse en scène… Pour d’autres mots, en revanche, seul l’article doit être féminisé : une garde des sceaux, une peintre, une ingénieur, une chauffeur, une docteur et même une matelot… Mais tous les rédacteurs et rédactrices du Monde n’appliquent pas cette règle ­ sujette d’ailleurs à des évolutions constantes ­, et il suffit de lire leurs articles pour s’en rendre compte.

Il existe au moins deux bonnes raisons pour féminiser les noms : adapter le vocabulaire aux moeurs et ne pas imposer aux femmes des termes masculins qui nient une part importante de leur identité.

Les raisons de s’y opposer ne sont pas nécessairement de nature conservatrice. Celles et ceux qui rechignent à employer le féminin pour des fonctions ou grades (préfet, chancelier, général…) estiment qu’une réelle égalité entre hommes et femmes exige de préserver des dénominations collectives et neutres. Selon eux, le choix systématique de formes féminisées établit, au contraire, une ségrégation. Certains termes peuvent être dépréciatifs (doctoresse, poétesse), ridicules (dépanneuse, glacière, coureuse, entraîneuse) ou simplement ambigus (boulangère désigne-t-il une profession ou la femme du boulanger ?).

Le langage n’est pas neutre, il reflète les structures et les rapports de force d’une société. De Gabrielle Chanel, on dit qu’elle était un grand couturier, alors qu’une couturière est une petite main du métier… Mais la langue évolue constamment.

Dans Le Monde du 14 octobre, il était question de Véronique Nichanian, sortie major de l’Ecole de la chambre syndicale de la haute couture en 1976, mais aujourd’hui directrice du prêt-à-porter masculin d’Hermès et qui passera peut-être à la postérité comme une grande couturière … On s’habitue aux mots nouveaux. C’est l’usage qui finit par s’imposer.

Cela dit, la parité hommes-femmes n’implique pas toujours une traduction linguistique. La féminisation de certains mots peut être un écran de fumée qui masquerait des discriminations. De toute manière, le sexisme est loin de se limiter à l’emploi de termes masculins.

La romancière Nancy Huston (Paris) a été stupéfaite de lire dans Le Monde du 7 octobre une critique de livre qui commençait par cette phrase : ‘Une bataille est comme une jolie fille qui passerait vite et ne se laisserait pas embrasser.’ Elle nous écrit : ‘C’est décourageant d’avoir à s’insurger encore contre des manifestations de sexisme que l’on dirait d’un autre siècle. On n’en croit pas ses yeux, on se dit que l’on se trompe, que ce doit être une blague, un gag, au moins une analogie finement reprise, on lit plus loin mais non, c’est réellement écrit comme ça noir sur blanc au premier degré. Que faut-il faire, quand on est femme (comme le sont tout de même un certain nombre des lecteurs de ce journal) et qu’on tombe sur pareille ineptie ?’

Une lectrice internaute, Jutta Cailloux, a été tout aussi choquée de lire dans Le Monde du 6 septembre, à propos du débat télévisé Schröder-Merkel : ‘L’ancien avocat n’allait-il faire qu’une bouchée de la fille de pasteur ?’ Elle nous rappelle qu’Angela Merkel est une physicienne hautement diplômée et, tant qu’à faire, Gerhard Schröder le fils d’une femme de ménage.’’

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